Pour une politique mondiale de freinage des productions animales

Des aménagements en ce sens sont envisageables dans le cadre des accords de l’OMC. Toutefois, on sait combien les négociations des volets « pêche » et « agriculture » sont dures, interminables, et sujettes à l’embourbement dans la défense d’intérêts nationaux particuliers.
Or, les dégâts liées au surdéveloppement de l’élevage (aquaculture incluse) et de la pêche sont d’ors et déjà dramatiques et menacent de s’étendre à grande vitesse si les tendances des dernières décennies se maintiennent, comme le laissent prévoir certaines projections.
Face à cette menace, une mobilisation énergique de la communauté internationale est nécessaire. Elle a plus de chance de se produire si elle est impulsée par des pays développés et s’ils proposent un partage équitable des adaptations à opérer selon les régions du monde. En effet, ces pays sont ceux où la consommation de produits d’origine animale est la plus élevée, et ceux qui les premiers ont recouru aux méthodes de production de masse qui ont permis l’explosion de la production. L’Europe pourrait prendre l’initiative d’une conférence mondiale qui se tiendrait dans une capitale européenne (Paris par exemple), débouchant sur un accord international ambitieux et contraignant de freinage des productions animales.

Appel à un protocole de Paris pour le changement alimentaire

Le Protocole de Kyoto a traduit en engagements quantitatifs juridiquement contraignants la
volonté de lutter contre le changement climatique en réduisant les émissions de gaz à effet de
serre.
Chacun est conscient qu’il fallait le faire ; l’échec du sommet de Copenhague à étendre ces engagements a été accueilli avec inquiétude partout dans le monde.

Jusqu’ici, les mesures envisagées pour réduire les émissions de GES ont été d’ordre essentiellement industriel et technologique. Or, la surconsommation de produits d’origine animale dans les pays développés, et l’extension de ce modèle aux pays émergents, contribuent lourdement à l’effet de serre ainsi qu’à d’autres facteurs de dégradation de l’environnement et d’atteinte à la vie sauvage. Ils sont également la cause de pratiques incompatibles avec un respect minimal du bien-être animal, et présentent des dangers pour la santé humaine.
Pourtant, on constate que ces problèmes sont systématiquement ignorés dans les accords internationaux. Manifestement, il manque une initiative pour s’attaquer à la question alimentaire. Qui en aura le courage ? L’Union européenne pourrait constituer la force d’impulsion qui manque. Elle pourrait être l’initiatrice d’un « protocole de Paris » qui fixerait des objectifs pour un changement alimentaire au niveau mondial.

Les pays dont la consommation de produits d’origine animale dépasse la moyenne mondiale actuelle (par habitant) s’engageraient à réduire leur consommation par paliers, avec des objectifs chiffrés et des dates butoir pour les atteindre.
Les pays dont la consommation de produits d’origine animale est en dessous de l’actuelle moyenne mondiale s’engageraient à ne pas dépasser ce seuil, et à ne pas encourager, par des politiques publiques, le développement de l’élevage intensif (aquaculture incluse) sur leur territoire. Il leur serait reconnu un droit légitime à se protéger des importations de produits issus de la pêche et de l’élevage industriels. Ce même droit pourrait être reconnu à tout pays qui n’est pas lui-même exportateur de produits issus de ces secteurs.

Ces engagements visant à stabiliser la consommation par tête de produits d’origine animale au niveau planétaire seraient le minimum requis : un pas important pour marquer une volonté politique mondiale de prendre au sérieux les enjeux de nos modes de production et de consommation alimentaires et de traduire ce tournant en mesures concrètes.
Un pas important mais insuffisant : si ces objectifs étaient atteints, les volumes de productions animales non seulement ne régresseraient pas, mais continueraient de croître, du simple fait de la croissance de la population humaine. C’est pourquoi, le protocole de Paris devrait en outre préparer le terrain pour des progrès plus substantiels. A cette fin, les signataires pourraient déclarer être conscients qu’il est
raisonnable de construire l’alimentation humaine sur une base essentiellement végétale ; de ce fait, déclarer s’engager à favoriser toute recherche nutritionnelle allant dans ce sens et à promouvoir les alternatives végétales chaque fois que cela est possible. Ils conviendraient de faire périodiquement le bilan des progrès accomplis dans ce sens.
Enfin, ils manifesteraient leur souci de favoriser des méthodes de culture durables, c’est-à-dire équitables sur le plan social et protectrices de l’environnement.