Favoriser et accompagner la transition vers une alimentation plus végétale
- Favoriser une réorientation de la production et de l’emploi
- Réduire les volumes de nourriture gaspillée
Promouvoir la pratique d’une journée végétarienne[1] par semaine et développer la présence du choix végétarien
C’est une approche qui présente de nombreux atouts :
- Cette proposition jouit déjà d’une certaine popularité au niveau international, il est probable que les mises en application vont s’étendre dans divers pays. On s’inscrit ainsi dans une dynamique qui dépasse nos frontières.
- C’est une mesure dont les effets sont sensibles dès qu’elle entre en application.
- Elle permet de communiquer sur les bénéfices d’un accroissement de la part des produits végétaux dans notre alimentation en prenant comme point d’appui une disposition simple et concrète, ce qui est plus efficace qu’un discours très général. Elle est en particulier plus efficace que le simple conseil « mangeons moins de viande et plus de végétaux », parce que le fait d’organiser une journée sans viande crée l’occasion de découvrir de nouveaux produits, de nouvelles recettes, de nouveaux critères dans la composition des repas : le plaisir de manger autrement.
La journée végétarienne suppose l’implication des pouvoirs publics à différents niveaux. Une communication au niveau national autour de cette journée favoriserait grandement l’attention du public à cette initiative.
Les collectivités locales ont un rôle central à jouer en la matière puisqu’elles gèrent une part importante de la restauration collective publique et sont maîtresses de leurs choix en ce domaine. La journée végétarienne n’a de sens que si elle permet effectivement de réduire la part des produits animaux dans l’alimentation : menus purement végétaux, ou menus sans viande ni poisson dans lesquels l’absence de chair animale n’est pas compensée par un surcroît d’œufs et laitages.
Des supports informatifs sont à élaborer en direction de différents publics : restaurateurs privés, responsables de la restauration collective, traiteurs artisanaux ou industriels, particuliers (restauration à domicile).
En complément de cette action, il conviendrait d’encourager la présence systématique du choix végétarien : que chacun puisse aisément accéder à un menu végétal équilibré, s’il le souhaite, lorsqu’il est amené à prendre des repas hors de son domicile.
Lire Le jeudi végétarien de Gand et autres initiatives du même ordre
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Favoriser une réorientation de la production et de l’emploi
Il s’agit de modifier notamment les régimes d’aide publique, de fiscalité, de commande publique de façon à :
- favoriser le recul de l’élevage intensif (pisciculture incluse) et de la pêche, au profit du développement et de la valorisation de productions végétales, et du développement d’emplois répondant à des besoins sociaux mal satisfaits ;
- favoriser l’orientation de la demande de produits d’origine animale vers des élevages plus respectueux du bien-être animal.
Afin d’atteindre ces objectifs, on peut mettre en œuvre les moyens suivants.
- Mettre en place des dispositifs d’aide à la reconversion pour les travailleurs concernés par le recul des filières de productions animales et leur assurer un revenu décent pendant la période nécessaire à leur transition vers de nouveaux emplois[2].
- Agir de façon à décourager l’entrée de nouveaux actifs dans les métiers et activités appelés à décliner. (Il est moins coûteux de ne pas entrer dans une profession que d’avoir à se reconvertir pour en sortir). Empêcher les nouvelles installations ou extensions dans l’élevage intensif et la pisciculture. Agir sur l’enseignement agricole de façon à restreindre le flux de nouveaux entrants dans les métiers de l’élevage intensif, au profit de l’acquisition de savoirs utiles dans d’autres activités agricoles. La gestion de l’allocation du foncier agricole peut jouer dans le même sens. De même, limiter l’orientation des jeunes vers les métiers de la pêche et de l’élevage aquacole.
- Cesser de soutenir l’élevage intensif et la pêche par des aides publiques[3] qui ont pour effet de maintenir ces productions à un niveau plus élevé qu’elles ne le seraient sans cela. Ceci concerne tout autant les échelons locaux, nationaux qu’européen[4]. La réorientation de la consommation ne peut qu’être favorisée par une diminution du prix relatif des produits végétaux par rapport aux produits animaux. Cette diminution peut être accentuée par la redistribution des aides au profit des premiers et au besoin par des dispositions fiscales : taxation réduite sur les produits végétaux et accrue sur les produits animaux (du moins ceux issus de la pêche et de l’élevage industriels). La fiscalité réduite faciliterait l’accès aux fruits et légumes pour les ménages à faible revenu[5]. La taxation des produits issus de l’élevage intensif aurait pour effet induit de réduire (ou d’inverser selon le niveau de taxation) le différentiel de prix entre ces produits et ceux provenant de l’élevage biologique et autres labels plus respectueux du bien-être animal, favorisant ainsi l’orientation de la consommation vers ces derniers.
- Encourager les productions végétales, en particulier celles qui reposent sur les techniques les moins agressives pour l’environnement, qui sont aussi des modes de production plus riches en emplois. Développer le recours à de telles techniques dans la culture d’oléagineux et de céréales. Mettre l’accent sur l’accroissement de la culture et de la consommation de légumineuses, qui présentent un fort intérêt tant sur le plan nutritionnel qu’agronomique. Développer la culture, la transformation et la commercialisation en France de produits à haute valeur nutritionnelle (quinoa, soja...). Favoriser la recherche sur des modes de culture encore peu pratiqués dans notre pays tels que l’agriculture biovégétarienne et aider les agriculteurs qui se lancent dans leur mise en œuvre.
- Encourager par la commande publique les produits agricoles provenant des circuits les plus respectueux de l’environnement et du bien-être animal. En particulier, coupler la baisse du volume des commandes de produits d’origine animale avec le fait de diriger une part croissante de ces commandes (à terme : la totalité) vers des produits issus de l’élevage biologique ou de labels présentant des garanties équivalentes en matière de bien-être animal. D’autre part, privilégier la commande de produits n’ayant pas parcouru des distances excessives, ce qui est à la fois un moyen de limiter le prélèvement sur les ressources en hydrocarbures et de soutenir l’emploi agricole près des lieux de consommation.
- Soutenir les entreprises qui développent l’offre de produits végétaux. Cette offre est aujourd’hui trop peu diversifée concernant les produits préparés (conserves, surgelés, traiteur...) et trop cantonnée dans des commerces spécialisés tels que les magasins biologiques, qui touchent une population limitée. L’extension et l’amélioration des circuits de distribution permettrait une baisse sensible des prix de ces produits. Actuellement, le choix insuffisant d’alternatives végétales pour les ménages qui n’ont pas des heures à consacrer aux tâches culinaires est l’un des facteurs qui alimentent la surconsommation de produits d’origine animale.
- Faire d’un territoire un pôle emblématique d’un autre avenir possible. Un plan ambitieux de reconversion de l’économie bretonne, s’appuyant sur tous les acteurs locaux porteurs d’un autre modèle de développement, et soutenu par la collectivité nationale, serait un signal fort pour l’ensemble du pays. Cette région est effet devenue en quelques décennies un concentré des problèmes engendrés par la surproduction de produits d’origine animale. Avec 57% du tonnage national de viande porcine, 42% du volume d’œufs, un quart de la viande veau, 21% du volume de lait et 34% du tonnage de volailles de chair[6], la Bretagne détient le triste record national de la souffrance animale engendrée par l’élevage intensif[7]. Elle cumule aussi les problèmes qui lui sont associés : pollution des nappes phréatiques et cours d’eau, algues vertes et forte dépendance aux importations de produits destinés à l’alimentation animale. Basculer de l’ère du soutien public à ce modèle, à celle du soutien public à son démantèlement et au développement d’activités plus durables sur ce territoire, outre son intérêt pour la région elle-même, aurait valeur d’exemple au-delà même de nos frontières.
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Formation et information
Le recul de la part des produits d’origine animale dans la consommation suppose aussi des dispositions concernant la formation dans certaines professions et l’information du public en général.
- Formation initiale et continue des professionnels de la restauration afin qu’ils sachent concevoir et préparer des menus équilibrés avec une moindre proportion de produits d’origine animale, ainsi que des menus équilibrés sans produits d’origine animale.
- Formation initiale et continue des professionnels de la santé, de façon à ce qu’ils sachent conseiller les patients quel que soit le régime alimentaire choisi par ces derniers : avec ou sans produits animaux. Actuellement, en France, beaucoup de médecins et diététiciens sont assez ignorants des données concernant les régimes végétariens, et de la façon de les adapter aux différentes périodes de la vie (croissance, grossesse, grand âge...).
- Dans l’information donnée au public, il serait souhaitable de faire apparaître que la viande, poisson et produits laitiers satisfont certains besoins nutritionnels, mais aussi que d’autres produits peuvent couvrir ces mêmes besoins. Cela est signalé très simplement par exemple chez nos voisins belges, à travers une présentation pédagogique des catégories de produits[8].
- Faciliter le repérage des informations nutritionnelles produites en situation de conflit d’intérêts – Favoriser une information indépendante des intérêts économiques.
Imposer que les organismes de type CIV, CERIN etc. inscrivent clairement sur la documentation qu’ils produisent et dans les courriers qu’ils adressent (aux médecins, diététiciens, établissements scolaires notamment) qu’ils sont au service de filières de production. Faire en sorte que le public et les professionnels accèdent en priorité à une information produite par des organismes n’ayant pas d’intérêt économique à vanter certains produits.
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Réduire les volumes de nourriture gaspillée
Des chiffres inquiétants circulent sur les volumes de produits alimentaires (de toutes catégories) gaspillés dans les pays développés. Il s’agit d’un problème différent de celui de la surconsommation de produits animaux, mais qui s’y ajoute pour contribuer aux effets négatifs de notre système de fourniture de biens alimentaires. Lui aussi demanderait qu’on y prête davantage attention :
- Chiffrer les volumes de nourriture gaspillée en France (aliments produits ou importés et jetés sans être consommés) : au niveau des circuits de production, de distribution, de la restauration privée ou publique, des ménages.
- Concevoir et mettre en œuvre des programmes de réduction du gaspillage.
- Sensibiliser l’opinion à ce problème, notamment en traduisant ces chiffres en nombre de personnes qui auraient pu être nourries avec ces ressources, nombre d’animaux tués pour rien, dégâts environnementaux causés pour rien.
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1. Voir Le jeudi végétarien de Gand et autres initiatives du même ordre.
2.Une fois passée la période de transition, les ressources libérées pourront alimenter le soutien à des emplois en milieu rural, ou tout type d’emplois et activités non délocalisables destinés à couvrir des besoins encore mal satisfaits (crèches, encadrement péri-scolaire, logement social, services aux personnes âgées, rénovation de l’habitat en vue d’économies d’énergie...)
3. qu’il s’agisse de subventions directes, d’aides à la promotion des produits, de crédits à conditions privilégiées, d’aides amenuisant le coût des intrants ou de dispositions qui permettent aux exploitations de ne pas supporter le coût des externalités négatives qu’elles génèrent.
4. Pour l’UE, l’eurodéputé Jens Holm avait déposé une proposition au Parlement européen dns ce sens lors de la précédente législature.
5. Cependant, des mesures spécifiques complémentaires sont nécessaires pour permettre à ces ménages d’accéder à une alimentation suffisante et équilibrée.
6. Chiffres de l’année 2008. Source : Agreste.
7. L’aquaculture et la pêche y sont par ailleurs beaucoup plus développés que dans le reste du pays.
8. la « pyramide alimentaire ». On la trouve décrite notamment dans ce document : Institut Scientifique de la Santé publique, Enquête de consommation alimentaire Belge 1- 2004, 2006. Voir la description de « l’étage 4 », page 172.