L’aquaculture


- Facteur aggravant de la surpêche
- Pisciculture : un océan de souffrance animale
- Problèmes environnementaux et sanitaires générés par l’aquaculture


Facteur aggravant de la surpêche

On pourrait croire que l’élevage de poissons et crustacés est un moyen de relâcher la pression sur la faune aquatique sauvage. C’est une idée fausse. L’aquaculture accroît au contraire la demande de produits de la pêche. Les poissons d’élevage les plus prisés sont des carnivores (saumon, daurade, bar, truite, turbot...) nourris avec des farines et huiles de « poissons fourrage » (anchois, sardines, merlans bleus...). Le développement des élevages a favorisé la surexploitation des stocks de ces poissons de moindre valeur, aux dépens des oiseaux, phoques et poissons carnivores qui disparaissent des zones surexploitées par manque de nourriture. Les consommateurs humains pouvant se payer des sardines du temps de leur abondance n’ont pas forcément les moyens d’acheter du saumon. (Les anchois et sardines ont par exemple disparu au large de la Namibie.)
Il faut entre 2,5 et 5 kg de poisson pour produire 1 kg de poisson carnivore d’aquaculture[1]. Le rendement est sensiblement meilleur pour les crevettes[2]. Il est désastreux pour le thon rouge, un grand prédateur surpêché dont on cherche à développer l’élevage : 10 à 20 kg de poisson pour 1 kg de thon rouge. Les carpes et tilapias sont parfois qualifiés de « poissons végétariens » : il s’agit en fait d’omnivores qui peuvent être nourris de végétaux ou d’autres denrées. Depuis le milieu des années 90, on ajoute des farines de poisson à leur alimentation, si bien qu’en 2007, l’ensemble des élevages de carpes et de tilapias consommait plus d’une fois et demie la quantité de farines de poissons utilisée par les élevages de saumons et crevettes[3].


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Pisciculture : un océan de souffrance animale[4]

Si la production de l’aquaculture a pu augmenter si rapidement, c’est parce qu’il s’agit d’élevage intensif. Comme dans le cas des animaux terrestres, la production de chair animale repose massivement sur des méthodes imposant des conditions de vie insoutenables aux animaux. Les poissons sont entassés dans des cages ou bassins immergés, à des densités énormes favorisant le stress et la propagation de maladies. Les taux de mortalité en élevage piscicole (10 à 30%) témoignent de la dégradation de la santé et du bien-être des animaux. Nombre de poissons présentent des blessures aux nageoires ou à la queue, ou des maladies des yeux allant jusqu’à la cécité.
Les animaux sont fréquemment infestés de parasites. Les saumons d’élevage sont en particulier victimes des poux de mer (petits crustacés) qui se nourrissent de leur chair, causant de graves blessures.
Les truites et saumons sont privés de nourriture pendant les 7 à 10 jours précédant leur abattage.
Les méthodes d’abattage induisent dans la plupart des cas une agonie prolongée :
- asphyxie à l’air libre ; le temps pendant lequel les poissons suffoquent est encore accru lorsqu’ils sont jetés sur de la glace, sur laquelle ils s’étouffent lentement une quinzaine de minutes avant de perdre conscience.
- immersion dans un bain de dioxyde de carbone : l’immobilisation intervient au bout de 30 secondes, mais les poissons restent conscients pendant 4 à 9 minutes.
- passage dans un bain électrique, ce qui n’est efficace que si l’intensité du courant est suffisante, sans quoi les poissons sont paralysés mais conscients ;
- assommage manuel, ce qui conduit à des ratages si bien qu’une partie des poissons sont saignés en toute conscience ;
- saignée sans étourdissement préalable : après que les branchies aient été tranchées, les poissons restent conscients 4 à 7 minutes pendant qu’ils se vident de leur sang.

L’OIE (Organisation mondiale de la santé animale) a manifesté son intention d’établir des lignes directrices pour le bien-être des poissons d’élevage[5]. Une recommandation du Conseil de l’Europe entrée en vigueur le 5 juin 2006 concerne la santé et le bien-être des poissons d’élevage[6]. En pratique, les poissons sont les animaux d’élevage les moins protégés, alors que les animaux terrestres le sont déjà fort peu. Concernant le bien-être des crustacés, la réglementation est totalement inexistante.


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Problèmes environnementaux et sanitaires générés par l’aquaculture

Les élevages intensifs sont d’importantes sources de pollution.
Un élevage type de 200 000 saumons produit la même quantité de matières fécales qu’une ville de 62 000 habitants[7].

Les élevages de crevettes ont connu une croissance très rapide à partir des années 1970, stimulés par la demande des États-Unis, de l’Europe occidentale et du Japon. Les trois quarts de la production sont réalisés en Asie, le quart restant en Amérique latine. D’immenses surfaces de mangroves ont été défrichées pour installer des élevages, bouleversant des milieux qui abritent de nombreuses espèces d’animaux, et entraînant une forte érosion des sols et un affaiblissement de la protection contre les crues. Les étangs d’élevage sont abandonnés au bout de 3 à 5 ans d’exploitation en raison de la formation progressive d’une boue toxique au fond des bassins (mélange d’excréments et de produits chimiques) laissant une zone impropre à tout autre usage.

Comme dans tous les élevages intensifs, les maladies se propagent rapidement entre les animaux. Des élevages aquacoles entiers sont décimés et doivent être fermés quand cela survient. Pour limiter ce risque, les éleveurs traitent les animaux aux antibiotiques, antifongiques et autres pesticides. Cela pose un problème de santé publique lorsque des résidus d’antibiotiques se trouvent dans la chair des animaux consommés, ou qu’elle est contaminée par divers polluants. On constate par ailleurs la présence de bactéries résistantes aux antibiotiques dans les sédiments situés sous les parcs.

Les élevages aquacoles sont une menace pour la faune sauvage. Les antifongiques, pesticides et autres produits chimiques contaminent les eaux. Les animaux qui s’échappent des enclos propagent les maladies contractées dans les élevages à leurs congénères sauvages. C’est ainsi que l’épidémie d’anémie infectieuse du saumon qui sévit dans les fermes aquacoles du Chili depuis 2007 a ravagé de nombreux élevages et que le virus s’est transmis aux poissons sauvages via les saumons évadés[8]. Les parasites qui pullulent dans les élevages finissent eux aussi par atteindre les poissons sauvages : les poux de mer des saumons d’élevage peuvent infester des populations de saumons ou de truites sauvages à un niveau potentiellement mortel pour les poissons sauvages. Charles Clover (op.cit., p. 298) commente avec une pointe d’humour désabusé la réaction des autorités écossaises à un cas indubitable d’infestation de truites migrantes par des poux issus des élevages piscicoles :

« Allan Wilson, ministre écossais de l’Environnement et du Développement rural (une double casquette difficile à porter), répondit qu’il était “vital de trouver un équilibre entre les besoins de ce secteur en développement et son impact sur l’environnement”. Dans ce cas, “trouver un équilibre” signifie ne rien faire. »


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1. Selon Cury et Misery, Une mer sans poissons, Calmann-Lévy, 2008, p. 197.
2.Il faut 1 à 2 kg d’aliment, composé de céréales et farine de poisson, pour obtenir 1 kg de crevettes (Source : « Elevage de crevettes », Wikipedia)
3. Source : « L’aquaculture pompe les ressources marines », Sciences et avenir, 8 septembre 2009.
4. Sources :
- PMAF, « 
L’élevage intensif de poissons »
- Friends of the Irish Environment, « Fish Welfare ».
5. OIE, Code sanitaire pour les animaux aquatiques, Annexe 3.4.1., article 3.4.1.1.
6. http://www.coe.int/t/e/legal_affairs/legal_co-operation/biological_safet...
7. Source : Greenpeace, « Pisciculture », http://oceans.greenpeace.org/fr/nos-oceans/pisciculture
8. Cf. Richard De Vendeuil et Gilbert Charles, « L’élevage du poisson remis en question », L’express.fr, 17 mars 2010.