La pêche

Prises accessoires : une hécatombe

La production des pêcheries n’inclut que le tonnage d’animaux débarqués et commercialisés. L’atteinte à la faune sauvage ne se limite pas à cela. Une partie des animaux capturés ne correspondent pas aux espèces ciblées ; ils sont alors rejetés à la mer, morts ou agonisants. Les rejets concernent aussi des poissons juvéniles. C’est ce qu’on appelle les prises accessoires. Dans certaines pêcheries de chalutage de crevettes, le rejet peut atteindre 90% de la prise1. 89% des requins marteaux et 80% des requins blancs et des requins renard ont disparu de l’Atlantique Nord-Est dans les 20 dernières années suite aux prises accessoires2.
L’essentiel des corps rejetés ou des déchets issus des poissons éviscérés à bord coule sans être consommé. Une partie est ingurgitée par des poissons ou par des oiseaux nécrophages : c’est ce qui a entraîné la prolifération des goélands et sternes en mer du Nord.

Les estimations du volume global des rejets sont variables. Selon une étude publiée par le WWF début 20093, il pourrait s’élever à 38 millions de tonnes par an, ce qui signifie que pour 100 tonnes de poisson débarquées et commercialisées, il y a environ 40 autres tonnes qui sont pêchées et rejetées à la mer.
Les poissons, mollusques et crustacés ne sont pas les seules victimes des prises involontaires. Chaque année, plus de 300 000 petits cétacés (baleines, dauphins, marsouins) meurent empêtrés dans les filets de pêche. De très nombreuses tortues subissent le même sort, dont des espèces en danger ou en voie d’extinction4 (250 000 tortues caouannes et tortues luth). La pêche cause aussi une mortalité considérable parmi les oiseaux marins (fous, guillemots, macareux, albatros, pétrels...) : ils plongent pour capturer des poissons et se trouvent pris dans des filets ou avalent un hameçon appâté fixé à une palangre. La moitié des 125 espèces de pétrels et 16 des 21 espèces d’albatros sont considérées en danger d’extinction5.
Certains animaux marins souffrent de la raréfaction de leurs ressources alimentaires en raison de l’énorme prélèvement sur celles-ci opéré par les bateaux de pêche. Au large de Terre-Neuve, la raréfaction des poissons a entraîné une diminution de la taille moyenne des baleines à bosse. Des phoques affamés ont migré du Groenland vers les côtes du Canada. En Europe, dauphins et marsouins semblent descendre vers le sud alors que l’Atlantique nord est surexploité6.

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Les ravages de la pêche fantôme7

La « pêche fantôme » désigne la prise d’animaux par des équipements de pêche perdus ou abandonnés en mer (filets, pièges et nasses). Selon un rapport de la FAO et du PNUE publié en mai 2009, ces équipements représenteraient 10% des déchets marins (soit 640 000 tonnes). Ils causent la mort d’innombrables animaux, altèrent les fonds marins et constituent des dangers pour la navigation. Ainsi, quand un filet maillant est perdu ou abandonné, il continue à pêcher tout seul pendant des mois ou des années. L’extrémité du filet est ancrée au fond de la mer et des bouchons sont attachés au sommet. Ainsi, il forme un mur vertical sous-marin long de 600 à 10 000 mètres, dans lequel vont se prendre toutes sortes d’animaux.
Dans la baie de Chesapeake aux États-Unis, environ 150 000 pièges à crabes sont perdus chaque année sur les 500 000 déployés. En Guadeloupe, les 20 000 pièges qui sont posés chaque année se perdent lors de la saison des ouragans.

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Surpêche

Les analyses en termes de surpêche ou de surexploitation des océans (lacs, rivières...) se placent dans une optique où les animaux aquatiques sont vus comme des ressources naturelles utiles aux hommes, dont on analyse le risque d’épuisement. Il y a surpêche lorsque le prélèvement sur ces ressources devient excessif par rapport à leur capacité à se reconstituer.
En 2007, selon la FAO, « plus de 80% des stocks de poissons pour lesquels des résultats d’évaluation sont disponibles sont déclarés pleinement exploités ou surexploités8 ».
« En décembre 2006, une équipe dirigée par Boris Worm, de l’université de Dalhousie (Canada), a calculé qu’au milieu du XXIe siècle, les espèces les plus couramment pêchées aujourd’hui pourraient avoir disparu si la pression humaine (surpêche, pollution et destruction des milieux) continue au rythme actuel9. »

Les estimations du degré de surexploitation des ressources halieutiques sont variables et controversées : aux incertitudes scientifiques s’ajoutent des manœuvres à motivation politique ou économique. Mais il n’y a pas de doute sur le fait que la surpêche existe bel et bien. Elle a déjà conduit a l’effondrement complet de certains stocks. Un exemple qui a marqué les esprits est celui de la pêche à la morue au large de Terre-Neuve. Au début du XXe siècle des centaines de bateaux européens traversaient l’Atlantique pour pêcher dans cette région. Puis, les bateaux, équipés de chaluts et de sonars, sont devenus de plus en plus performants. De 1950 à 1960, les prises ont été multipliées par quatre avant de se mettre à chuter. En 1992, le gouvernement canadien s’est rendu à l’évidence et a décrété un moratoire sur la pêche à la morue. Trop tard : malgré l’arrêt de la pêche, les stocks de morue ne se sont pas rétablis.

Au niveau global, divers indicateurs attestent de la réalité de la surpêche. La modernisation et l’accroissement de la flotte de pêche n’a jamais cessé. De très nombreuses pêcheries sont en état de surcapacité. Là encore, les chiffres sont incertains mais le phénomène est incontestable : il y a suffisamment de bateaux pour prendre entre 2 et 3,5 fois plus de poisson qu’on n’en capture effectivement. Ces bateaux sont de mieux en mieux équipés pour ne laisser aucune chance aux poissons : à la fois par la sophistication des outils de capture et par la multiplication des équipements permettant de repérer leurs proies. Cependant, les prises plafonnent autour des 90 millions de tonnes annuelles. Et, cela bien que la pêche s’étende à de nouvelles zones et espèces.

Les poissons pêchés de longue date vivent en eaux peu profondes (jusqu’à environ 200 m au-dessous de la surface). Plus bas, on trouve d’autres espèces. A mesure que les stocks des poissons habituellement capturés se sont mis à décroître, et grâce à la course à l’armement technique, les bateaux de pêche se sont mis à puiser dans les eaux plus profondes. De nouvelles espèces ont été pourchassées : flétan, merlan bleu, julienne, siki (parfois commercialisé sous le nom de « saumonnette » bien qu’il s’agisse d’une variété de requin), empereur, grenadier, sébaste (parfois commercialisé sous le faux nom de « rascasse »), lingue, sabre... Le pillage des eaux profondes a été déclenché alors qu’on connaît mal la biologie et les conditions de reproduction des nouvelles victimes. Il y a de sérieuses raisons d’être pessimiste : les espèces pêchées en eaux profondes sont des animaux d’une grande longévité, qui atteignent tardivement l’âge de reproduction et présentent une faible fécondité. C’est pourquoi Greenpeace demande l’interdiction de la pêche dans les grands fonds10.

Les chalutiers français et espagnols ont été les premiers à se spécialiser dans les poissons d’eaux profondes. La France est le premier pays d’Europe en matière de pêche et de consommation de poissons des grands fonds11.

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Les dommages du chalutage de fond

De façon générale, les chaluts sont des filets tractés par des navires de pêche. L’essor des chalutiers industriels est pour beaucoup dans la surexploitation des mers.
Dans le cas du chalutage de fond, d’immenses filets lestés par des poids sont positionnés à proximité du fond. Les chaînes ou rouleaux fixés à l’avant des filets raclent le sol, arrachant la flore et endommageant ou détruisant les coraux et colonies d’éponges. Cette technique est particulièrement destructrice d’habitats nécessaires au maintien et à la diversité de la vie marine. En 2006, l’ONU a demandé que la pêche de grands fonds soit encadrée de façon à protéger des milieux marins très vulnérables. Mais les États et organismes internationaux de gestion des pêches n’ont pas agi dans les délais prévus. Un moratoire sur la pêche au chalut de fond est entré en vigueur le 30 septembre 2007 pour la seule région du Pacifique sud. La Russie dont la flotte est présente dans cette région, a annoncé qu’elle continuerait ce type de pêche12.

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Des puits de carbone qui disparaissent13

Les « puits de carbone » sont des entités naturelles ou artificielles qui extraient et séquestrent du carbone présent dans l’atmosphère, réduisant ainsi l’effet de serre. Les océans absorbent environ la moitié du carbone émis dans l’air via le plancton, les poissons et les coraux. Les poissons contribueraient pour 3 à 15% aux puits de carbone océaniques, voire beaucoup plus selon certaines hypothèses. Les plateaux continentaux qui concentrent la plus grande partie de la biomasse des poissons sont les zones les plus propices à ce piégeage du carbone. C’est dans ces mêmes zones que la surpêche a fait disparaître le plus de poissons, contribuant ainsi au réchauffement climatique.

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Pêche artisanale et pêche industrielle

Même si la délimitation de la pêche artisanale reste quelque peu floue14, il est courant de distinguer la pêche artisanale de la pêche industrielle. Les deux secteurs présentent en effet des traits sensiblement distincts à divers égards, comme l’indique le tableau suivant.

Type de pêcheries
Source : Alliance pour une pêche responsable15.

Les caractéristiques des deux secteurs justifient que l’on s’attache particulièrement à freiner la pêche industrielle. Il serait toutefois caricatural de conclure à l’innocuité de la pêche artisanale. L’augmentation des volumes pêchés n’est pas uniquement imputable à l’essor de la pêche industrielle. La flotte artisanale s’est elle aussi modernisée et a accru sa capacité de capture, comme l’illustre l’exemple du Sénégal :

« En 1980, au Sénégal, il y avait 3000 pirogues de pêche artisanale, aujourd’hui, il y en a 12 000, équipées de moteurs hors-bord et de GPS. Le taux de motorisation a été multiplié par 400. Elles sont capables de changer d’engins de pêche dans la journée, et ainsi de passer de la pêche à la senne tournante pour les sardinelles à la pêche à la ligne permettant de prendre des mérous sur les fonds rocheux16. »

Il existe par ailleurs des formes très destructrices de pêche artisanale (pêche à l’explosif, pêche au cyanure).

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1. Source : Greenpeace, « Prises accessoires ».
2. Source : WWF, « Les prises accessoires ».
3. Davies RWD et al. « Defining and estimating global marine fisheries bycatch », Marine Policy, 2009.
4. Source : WWF
5. Source : Philippe Cury et Yves Miserey, Une mer sans poissons, Calmann-Lévy, 2008, p. 93.
6. Source : « Surpêche », Wapedia.
7. Source : PNUE (Programme des Nations Unies pour l’environnement), « Les filets fantômes affectent l’environnement marin », communiqué du 6 mai 2009.
8. FAO, La situation mondiale des pêches et de l’aquaculture, 2008, p. 8.
9. Cury et Miserey, op. cit., p. 15.
10. Greenpeace, «&nbsp:pêche de grand fond ».
11. Charles Clover, Surpêche, Dermapolis, 2008, p. 101 et 104. (Traduction d’un ouvrage dont l’édition originale anglaise date de 2004).
12. Caroline de Malet, « Fin des chaluts de fond dans le Pacifique sud », Le Figaro, 8 mai 2007.
13. Sources : « Puits de carbone », Wapedia ; « Contribution des poissons aux puits de carbone », Wikipedia.
14. Cf. Arthur Bergson, « La pêche artisanale – définition », avril 2009.
15. Alliance pour une pêche responsable, « La réalité de la pêche dans le monde ».
16. Philippe Cury et Yves Miserey, Une mer sans poissons, Calmann-Lévy, 2008, p. 123.