Élevage et sous-alimentation

icône viande.info représentant la faim dans le monde

La production animale actuelle passe de plus en plus des bovins et autres ruminants, qui broutent l’herbe et mangent du fourrage, aux porcs et aux volailles engraissés par des régimes alimentaires à base d’aliments concentrés, souvent importés d’autres régions du pays ou de l’étranger1.

La faim dans le monde

805 millions d'humains sous-alimentés

La FAO estime à 805 millions le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde2, avec la répartition géographique ci-contre.

Répartition des personnes sous-alimentées par région

La malnutrition affecte un enfant sur trois dans les pays en développement. Elle réduit la résistance des enfants aux maladies, provoque des handicaps mentaux et physiques et accroît leur mortalité3.

La faim diminue inégalement dans le monde

En novembre 1996, le sommet mondial pour l’alimentation tenu à Rome sous l’égide de la FAO4 proclamait la volonté des chefs d’Etat et de gouvernement rassemblés à cette occasion de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées à l’horizon 2015. Cet objectif est d'ores et déjà atteint ou dépassé en Amérique Latine, en Asie du sud-est, en Asie de l'est et en Asie centrale, mais n'a pas été atteint dans les autres régions du monde. La situation s'est même fortement détériorée au Moyen-Orient.
Les difficultés rencontrées dans la lutte contre la malnutrition sont nombreuses. L’utilisation des produits agricoles par le secteur de l'élevage constitue l’une d’entre elles.

L'élevage est un gaspillage de ressources

Un rapport de la FAO14 de 1992 indiquait que les animaux sont de piètres convertisseurs d’énergie en alimentation humaine : si on les nourrit avec des céréales, ils ingèrent en moyenne 7 kcal pour en restituer une sous forme de viande (3 kcal pour les poulets, 16 kcal pour les bovins).
Le président du GIEC, Rajendra Pachaury, illustre d’une autre façon cette inefficacité : il faut 7 à 10 kg de végétaux pour faire 1 kg de viande boeuf, 4 à 5,5 kg pour 1 kg de viande de porc.

Il s'ensuit qu'il faut beaucoup plus de terres agricoles pour produire de la viande que pour produire directement des céréales destinées à l'alimentation humaine.

Les terres arables utilisées dans le monde

Ressources agricoles

33% des terres cultivables de la planète sont utilisées à produire l’alimentation des animaux d’élevage ; 26% de la surface des terres émergées non couvertes par les glaces est employée pour le pâturage5.

Au total, ce sont 70% des terres à usage agricole qui, directement ou indirectement, sont consacrées à l’élevage6. Cela représente environ 30% des terres émergées non couvertes par les glaces7.

Répartition de la prodution mondiale de soja

Près de 85% de la production de mondiale de soja est destinée à l’alimentation animale9. Tant les céréales que le soja sont des denrées hautement nutritives, directement consommables par les humains. Les affecter à la l’alimentation animale constitue un détour de production particulièrement inefficace.

En France

Les terres agricoles françaises sont accaparées par les animaux d’élevage : 2/3 des terres agricoles sont destinées à l’alimentation animale, que ce soit en pâturages ou en cultures de plantes pour l’alimentation des animaux10. L’alimentation animale est par exemple aujourd’hui le principal débouché industriel des céréales françaises : elle en consomme 10,2 millions de tonnes, ce qui représente la moitié des utilisations en France11. Par ailleurs, la France importe des tourteaux de soja, principalement du Brésil et d’Argentine, contribuant ainsi à la déforestation en Amérique latine et aux problèmes sociaux liés au développement des grandes cultures intensives au détriment des petits paysans. Avec 4,5 millions de tonnes de soja importés chaque année, la France est le premier importateur européen : 22% du soja exporté par le Brésil lui est destiné12. Le soja d’importation destiné à l’alimentation est en grande partie génétiquement modifié13.

Par type de production

Le tableau ci-dessous, établi par WWF, compare les surfaces nécessaires pour produire un kilo de différents types d’aliments :

Schéma des surfaces agricoles imputées à l'élevage

L’effet de la production de viande sur les prix des denrées alimentaires

Des économistes ont estimé le prix des denrées alimentaires en 203015. Ils ont comparé un scénario où la demande de viande dans les pays développés (OCDE), la Chine et le Brésil poursuit son augmentation actuelle, avec un scénario où la demande de viande dans ces mêmes pays diminue de 50 % par rapport à l’an 2000. Le modèle utilisé est l’International Model for Policy analysis of Agricultural Commodities and Trade16.
Dans ce second scénario, la baisse de la demande de viande dans les pays de l'OCDE, la Chine et le Brésil a pour conséquence :
–  Une baisse grosso modo de moitié du prix des aliments d’origine animale, ce qui conduit à une augmentation de leur consommation dans le Tiers-monde de 35 %. Mais globalement, la consommation de viande baisse tout de même de 20 %.
–  La baisse de 20 % de la production mondiale de viande entraîne une baisse du prix de nombreux aliments d’origine végétale. Les prix du manioc et du blé baisse de 7 %, le prix des patates douces de 10 %, celui du maïs, de l’orge du sorgho, de l’avoine et du millet de 20 %, celui des tourteaux d’oléagineux (soja, tournesol, palme, etc.) de 21 %. La ration calorique par habitant augmente dans les pays du Tiers-Monde, notamment en Afrique subsaharienne (+81 calories par personne et par jour). Le nombre d’enfants en bas âge souffrant de malnutrition diminue de 2,2 millions.
Cette simulation indique que la production de viande a bien un impact négatif sur la sécurité alimentaire des humains les plus pauvres de la planète.


1. FAO, Le rôle de l’élevage dans la pollution des terres, de l’eau et de l’atmosphère, 2014.
2. FAO, FIDA et PAM. 2014. L’état de l’insécurité alimentaire dans le monde 2014. Créer un environnement plus propice à la sécurité alimentaire et à la nutrition. Rome, FAO. Accessible en ligne.
3. World Hunger Education Service, 2013 World Hunger and Poverty Facts and Statistics, juillet 2013
4. FAO, Sommet mondial de l'alimentation, Rome, 13-17 novembre 1996
5. FAO, Livestock Long Shadow, 2006, p. 271.
6. Op.cit., p. xxi.
6. Op.cit., p. 272.
9. http://www.soyatech.com/soy_facts.htm
10. Mission Climat de la Caisse des Dépôts, Agriculture et réduction des émissions de gaz à effet de serre, Note d’étude n°6, septembre 2005, p. 3.
11. Passion céréales, Des chiffres et des céréales : l'essentiel de la filière, 2014
12. A. Billon, E. Neyroumande, C. Deshayes, Vers plus d’indépendance en soja d’importation pour l’alimentation animale en Europe – cas de la France, janvier 2009, page 12-13.
13. Aucun étiquetage spécifique ne permet au consommateur de repérer les produits obtenus à partir d’animaux nourris avec des OGM.
14. FAO, Meat and meat products in human nutrition in developing countries, 1992, chapitre 1.
15. Siwa Msangi and Mark Rosegrant, « Feeding the future’s changing diets : implications for agriculture markets, nutrition and policy », in : Shenggen Fan et Rajul Pandya-Lorch, Reshaping agriculture for nutrition and health, Washington : International Food Policy Research Institute, 2012.
16. Mark Rosegrant and the Impact development team, International Model for Policy Analysis of Agricultural Commodities and Trade (IMPACT) : Model Description, International Food Policy Research Institute, Washington, D.C., 2012