Élevage et sous-alimentation

  • Environ 800 millions d'humains souffrent de malnutrition
  • 2/3 des terres agricoles dans le monde sont consacrées à l'élevage ou à la production d'aliments pour le bétail
  • Une baisse de la production de viande entraînerait une baisse du cours mondial des denrées végétales
  • Si les pays riches et émergents divisaient par deux leur consommation de viande, la ration calorique des habitants du Tiers-Monde augmenterait et au moins 2,2 millions d'enfants échapperaient à la malnutrition chronique
icône viande.info représentant la faim dans le monde

La production animale actuelle passe de plus en plus des bovins et autres ruminants, qui broutent l’herbe et mangent du fourrage, aux porcs et aux volailles engraissés par des régimes alimentaires à base d’aliments concentrés, souvent importés d’autres régions du pays ou de l’étranger FAO, 2014.

La faim dans le monde

805 millions d'humains sous-alimentés

La FAO estime à 805 millions le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde FAO, FIDA et PAM, 2014, avec la répartition géographique ci-contre.

Répartition des personnes sous-alimentées par région

La malnutrition affecte un enfant sur trois dans les pays en développement. Elle réduit la résistance des enfants aux maladies, provoque des handicaps mentaux et physiques et accroît leur mortalité World Hunger Education Service, 2013.

La faim diminue inégalement dans le monde

En novembre 1996, le sommet mondial pour l’alimentation tenu à Rome FAO, 1996 proclamait la volonté des chefs d’Etat et de gouvernement rassemblés à cette occasion de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées à l’horizon 2015. Cet objectif est d'ores et déjà atteint ou dépassé en Amérique Latine, en Asie du sud-est, en Asie de l'est et en Asie centrale, mais n'a pas été atteint dans les autres régions du monde. La situation s'est même fortement détériorée au Moyen-Orient.
Les difficultés rencontrées dans la lutte contre la malnutrition sont nombreuses. L’utilisation des produits agricoles par le secteur de l'élevage constitue l’une d’entre elles.

L'élevage est un gaspillage de ressources

Un rapport de la FAO 1992 indiquait que les animaux sont de piètres convertisseurs d’énergie en alimentation humaine : si on les nourrit avec des céréales, ils ingèrent en moyenne 7 kcal pour en restituer une sous forme de viande (3 kcal pour les poulets, 16 kcal pour les bovins).
Le président du GIEC, Rajendra Pachaury, illustre d’une autre façon cette inefficacité : il faut 7 à 10 kg de végétaux pour faire 1 kg de viande boeuf, 4 à 5,5 kg pour 1 kg de viande de porc.

Il s'ensuit qu'il faut beaucoup plus de terres agricoles pour produire de la viande que pour produire directement des céréales destinées à l'alimentation humaine.

Les terres arables utilisées dans le monde

Ressources agricoles

33% des terres cultivables de la planète sont utilisées à produire l’alimentation des animaux d’élevage ; 26% de la surface des terres émergées non couvertes par les glaces est employée pour le pâturage FAO, 2006, p. 271.

Au total, ce sont 70% des terres à usage agricole qui, directement ou indirectement, sont consacrées à l’élevage FAO, 2006, p. xxi. Cela représente environ 30% des terres émergées non couvertes par les glaces FAO, 2006, p. 272.

Répartition de la prodution mondiale de soja

Près de 85% de la production de mondiale de soja est destinée à l’alimentation animale Soyatech, n.d.. Tant les céréales que le soja sont des denrées hautement nutritives, directement consommables par les humains. Les affecter à la l’alimentation animale constitue un détour de production particulièrement inefficace.

En France

Les terres agricoles françaises sont accaparées par les animaux d’élevage : 2/3 des terres agricoles sont destinées à l’alimentation animale, que ce soit en pâturages ou en cultures de plantes pour l’alimentation des animaux Mission Climat de la Caisse des Dépôts, 2005, p.3. L’alimentation animale est par exemple aujourd’hui le principal débouché industriel des céréales françaises : elle en consomme 10,2 millions de tonnes, ce qui représente la moitié des utilisations en France Passion céréales, 2014. Par ailleurs, la France importe des tourteaux de soja, principalement du Brésil et d’Argentine, contribuant ainsi à la déforestation en Amérique latine et aux problèmes sociaux liés au développement des grandes cultures intensives au détriment des petits paysans. Avec 4,5 millions de tonnes de soja importés chaque année, la France est le premier importateur européen : 22% du soja exporté par le Brésil lui est destiné Billon et al., 2009. Le soja d’importation destiné à l’alimentation est en grande partie génétiquement modifié1.

Par type de production

Le tableau ci-dessous, établi par WWF, compare les surfaces nécessaires pour produire un kilo de différents types d’aliments :

Schéma des surfaces agricoles imputées à l'élevage

L’effet de la production de viande sur les prix des denrées alimentaires

Des économistes ont estimé le prix des denrées alimentaires en 2030 Msangi & Rosegrant, 2012. Ils ont comparé un scénario où la demande de viande dans les pays développés (OCDE), la Chine et le Brésil poursuit son augmentation actuelle, avec un scénario où la demande de viande dans ces mêmes pays diminue de 50 % par rapport à l’an 2000. Le modèle utilisé est l’International Model for Policy analysis of Agricultural Commodities and Trade Rosegrant et al., 2012).
Dans ce second scénario, la baisse de la demande de viande dans les pays de l'OCDE, la Chine et le Brésil a pour conséquence :

  • Une baisse grosso modo de moitié du prix des aliments d’origine animale, ce qui conduit à une augmentation de leur consommation dans le Tiers-monde de 35 %. Mais globalement, la consommation de viande baisse tout de même de 20 %.
  • La baisse de 20 % de la production mondiale de viande entraîne une baisse du prix de nombreux aliments d’origine végétale. Les prix du manioc et du blé baisse de 7 %, le prix des patates douces de 10 %, celui du maïs, de l’orge du sorgho, de l’avoine et du millet de 20 %, celui des tourteaux d’oléagineux (soja, tournesol, palme, etc.) de 21 %. La ration calorique par habitant augmente dans les pays du Tiers-Monde, notamment en Afrique subsaharienne (+81 calories par personne et par jour). Le nombre d’enfants en bas âge souffrant de malnutrition diminue de 2,2 millions.

Cette simulation indique que la production de viande a bien un impact négatif sur la sécurité alimentaire des humains les plus pauvres de la planète.

Bibliographie


1. Aucun étiquetage spécifique ne permet au consommateur de repérer les produits obtenus à partir d’animaux nourris avec des OGM.