Élevage et sous-alimentation

icône viande.info représentant la faim dans le monde
La production animale actuelle passe de plus en plus des bovins et autres ruminants, qui broutent l’herbe et mangent du fourrage, aux porcs et aux volailles engraissés par des régimes alimentaires à base d’aliments concentrés, souvent importés d’autres régions du pays ou de l’étranger[1].

Plus d’un milliard
d’humains sous-alimentés

Dans un rapport[2] rendu public le 14 octobre 2009, la FAO estimait à 1,02 milliard le nombre de personnes sous-alimentées dans le monde, avec la répartition géographique ci-contre.
La malnutrition affecte un enfant sur trois dans les pays en développement. Elle réduit la résistance des enfants aux maladies, provoque des handicaps mentaux et physiques et accroît leur mortalité[3].

Répartition des personnes sous-alimentées par région


La faim progresse dans le monde

En novembre 1996, le sommet mondial pour l’alimentation tenu à Rome sous l’égide de la FAO[4] proclamait la volonté des chefs d’Etat et de gouvernement rassemblés à cette occasion de réduire de moitié le nombre de personnes sous-alimentées à l’horizon 2015.
Aujourd’hui, on ne peut qu’être pessimiste sur les chances de voir cet objectif atteint puisque, loin de régresser, la sous-alimentation frappe des populations de plus en plus nombreuses.

En 1995-97, 825 millions de personnes souffraient de la faim. En 2000-2002, elles étaient 857 millions[5], et aujourd’hui plus d’un milliard.
Cette situation relève de causes multiples. L’emprise de l’élevage sur des ressources naturelles limitées constitue sans nul doute l’une d’entre elles.

L’élevage détourne des ressources nécessaires
à l’alimentation humaine

Ressources agricoles33% des terres cultivables de la planète sont utilisées à produire l’alimentation des animaux d’élevage ; 26% de la surface des terres émergées non couvertes par les glaces est employée pour le pâturage[6].

Au total, ce sont 70% des terres à usage agricole qui, directement ou indirectement, sont consacrées à l’élevage[7].

35,5% du volume des céréales produites dans le monde sert à nourrir les animaux d’élevage[8].

Répartition de la prodution mondiale de sojaLa production mondiale de soja, en expansion très rapide[9], est principalement destinée à l’alimentation animale[10]. Tant les céréales que le soja sont des denrées hautement nutritives, directement consommables par les humains. Les affecter à la l’alimentation animale constitue un détour de production particulièrement inefficace.


Terres agricoles en France

Les terres agricoles françaises sont accaparées par les animaux d’élevage : 2/3 des terres agricoles sont destinées à l’alimentation animale, que ce soit en pâturages ou en cultures de plantes pour l’alimentation des animaux[11]. L’alimentation animale est par exemple aujourd’hui le principal débouché industriel des céréales françaises : elle en consomme 11 millions de tonnes, ce qui représente 50% des utilisations en France[12]. Par ailleurs, la France importe des tourteaux de soja, principalement du Brésil et d’Argentine, contribuant ainsi à la déforestation en Amérique latine et aux problèmes sociaux liés au développement des grandes cultures intensives au détriment des petits paysans. Avec 4,5 millions de tonnes de soja importés chaque année, la France est le premier importateur européen : 22% du soja exporté par le Brésil lui est destiné[13]. Le soja d’importation destiné à l’alimentation est en grande partie génétiquement modifié[14].


L’élevage : un gaspillage

Le tableau ci-dessous[15], établi par WWF, compare les surfaces nécessaires pour produire un kilo de différents types d’aliments :

Un rapport de la FAO[16] de 1992 indiquait que les animaux sont de piètres convertisseurs d’énergie en alimentation humaine : si on les nourrit avec des céréales, ils ingèrent en moyenne 7 kcal pour en restituer une sous forme de viande (3 kcal pour les poulets, 16 kcal pour les bovins)

Le président du GIEC, Rajendra Pachaury, illustre d’une autre façon cette inefficacité : il faut 7 à 10 kg de végétaux pour faire 1 kg de viande boeuf, 4 à 5,5 kg pour 1 kg de viande de porc[17].

Carnivorisme et « cannibalisme »

Consommer des produits animaux tue des animaux, et impose à la plupart d’entre eux une vie misérable, tant les conditions d’élevage sont effroyables.
Une forte consommation de produits animaux tue aussi des humains, ou les maintient dans l’extrême misère. René Dumont qualifiait déjà en son temps l’occidental, avec sa surconsommation de viande, de « cannibale indirect ». La croissance accélérée des productions animales dans le monde au cours des dernières décennies a dramatiquement accentué ce « cannibalisme ». S’il n’est pas exclusivement le fait des occidentaux, il est assurément une des formes que prend l’accaparement des ressources par les riches au détriment des pauvres.


1. FAO, Le rôle de l’élevage dans la pollution des terres, de l’eau et de l’atmosphère.
2. Communiqué de presse Economic crisis is devastating for the world's hungry et Texte intégral du rapport
3. http://www.worldhunger.org/articles/Learn/world%20hunger%20facts%202002.htm
4. http://www.fao.org/wfs/index_fr.htm
5. ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/012/i0876e/i0876e05.pdf
6. FAO, Livestock Long Shadow, 2006, p. 271.
7. Op.cit., p. xxi.
8. En 2007, World Resources Institute, Earth trends, Agriculture & food.
9. La production mondiale de soja était de 81 millions de tonnes en 1980. Elle atteint 220 millions de tonnes en 2007.
10. Sur 220 millions de tonnes produites, 144 sont utilisées à l’alimentation animale. « Soja », Wikipedia.
11. Mission Climat de la Caisse des Dépôts, Agriculture et réduction des émissions de gaz à effet de serre, Note d’étude n°6, septembre 2005, p. 3.
12. Source : Syndicat national des industriels de la nutrition animale, 2005.
13. Source : Aurélie Billon, ENESAD ; Emmanuelle Neyroumande, Cyrille Deshayes, WWF-France , « Vers plus d’indépendance en soja d’importation pour l’alimentation animale en Europe – cas de la France », janvier 2009, page 12-13, accès au rapport complet.
Aucun étiquetage spécifique ne permet au consommateur de repérer les produits obtenus à partir d’animaux nourris avec des OGM.
14. Source : Brest Ouvert, 22 novembre 2004
15. http://www.vegetarismus.ch/info/bilder_oeko/tableau_sol_fr.jpg
16. FAO, Meat and meat products in human nutrition in developing countries, chapter 1, animal versus plant production, 1992,
17. Less Meat, less heat, Impacts of Livestock on climate change, août 2008.