Viande, gaspillage et pollution de l’eau

icône viande.info représentant le gaspillage et la pollution de l'eau imputées à l'élevage

Gaspillage d’eau

La Terre a des ressources en eau limitées. La FAO estime que nous disposons globalement de 9 000 à 14 000 km3 d’eau utilisables1 soit 5 640 L d’eau par jour et par personne au mieux aujourd’hui, 4 260 L d’eau par jour et par personne au mieux en 20502.

Environ 5 000 L d’eau sont nécessaires pour produire 1 000 kcal d’aliments d’origine animale, 1 000 L si l’origine est végétale3.

Eau en fonction des aliments

En se basant sur la consommation de 2005, en moyenne par jour en France, 3603 kcal ont été consommées dont 1229 kcal d’origine animale et 2374 kcal d’origine végétale4. 8519 L d’eau par personne ont donc été nécessaires pour produire cette nourriture ce qui est largement excessif par rapport à l’eau disponible.
En adoptant une alimentation végétale, on peut ramener cette quantité d’eau à 3603 L.

Pollution des eaux

En prenant en compte les différents segments5 de la chaîne de production, l’élevage, y compris la pisciculture6, est la plus grande source sectorielle de polluants de l’eau : principalement les déchets animaux, les antibiotiques, les hormones, les produits chimiques des tanneries, les engrais et les pesticides utilisés pour les cultures fourragères, et les sédiments des pâturages érodés7.

L’hypereutrophisation, par les nitrates, le phosphore et autres nutriments est responsable de l’essor des algues vertes et de la dégénération des récifs coralliens. Cette eutrophisation cause la mort de nombreux êtres vivants aquatiques8 et de quelques animaux terrestres9. L’élevage y contribue de façon directe par les rejets de lisiers et indirecte par l’excès d’engrais apportés aux cultures de céréales destinées à nourrir le bétail10.

La gestion des déjections animales dans les élevages intensifs provoque le lessivage des nitrates et des agents pathogènes dans la nappe aquifère, qui met souvent en péril les réserves d’eau potable11.

Pluies acides

L’élevage est responsable de 64% des émissions d’ammoniaque (NH3), une des principales causes des pluies acides12.
Les émissions d’ammoniac sont à 95% d’origine agricole, dont 80% proviennent de l’élevage13.

Les précipitations s’acidifient au contact de l’ammoniaque présent dans l’air (gaz très soluble dans l’eau), perturbent la photosynthèse et détruisent les éléments nutritifs du sol causant le dépérissement forestier. Un rapport de 1999 sur l’état des forêts en Europe indiquait que 20% des terres sont très acides, 2/3 des forêts sont endommagées et 21,4% ont subi une défoliation d’au moins 25%14.
Les lacs, les fleuves, les ruisseaux et les rivières sont eux aussi altérés par les pluies acides : on observe une réduction et une disparition d’espèces aquatiques, très sensibles au changement de pH15.

Au Canada, sur 160 000 lacs de 10 hectares ou plus étudiés, 19,4% étaient acides et 51% en train de le devenir16.

Et en France ?

La France est le premier pays émetteur d’ammoniac en Europe17. Ces émissions sont à 95% d’origine agricole, dont 80% proviennent des élevages, qui génèrent 300 millions de tonnes de déjections animales par an18. En Bretagne, la population d’animaux d’élevage produit au minimum l’équivalent de la pollution organique de 60 millions d’habitants (soit les excréments de la population française répandus sans traitement sur le sol breton19).


1. FAO, Crops and Drops, 2002, p. 1.
2. 14 000km3 par an pour 6,8 milliards de personnes aujourd’hui, estimée à 9 milliards de personnes en 2050.
3. Daniel Renault (FAO), Value of virtual water in food, principles and virtues, 2002, p. 17.
4. FAO Stat, CDU/BA, Bilans alimentaires, France, année 2003.
5. Les différents segments pris en compte sont l’abreuvement des animaux et l’entretien des locaux, les abattoirs et industries agroalimentaires, les tanneries et l’irrigation des cultures fourragères, FAO, Livestock’s long shadow, 2006, pp. 128-135.
6. Gaëlle Dupont, « Le développement fulgurant de l’aquaculture devrait continuer », Le Monde, 12 novembre 2009.
7. http://www.fao.org/ag/fr/magazine/0612sp1.htm
8. Chloë Fromange, Emilie Novince, Eutrophisation : un phénomène naturel amplifié par les rejets des activités humaines.
9. Cyriel Martin, « Bretagne : ce rapport confidentiel sur les algues vertes qui accable les agriculteurs », Le Point, 21 octobre 2009.
10. Séverine Gibet pour la FAO, Agriculture et pollution azotée des eaux en Bretagne, France.
11. http://www.fao.org/newsroom/fr/news/2006/1000219/index.html
12. http://www.fao.org/newsroom/fr/news/2006/1000448/index.html
13. S. Portejoie, J. Martinez, G. Landmann, L’ammoniac d’origine agricole : impacts sur la santé humaine et animale et sur le milieu naturel, INRA Prod. Anim.,2002, 15 (3), 151-160.
14. Commission Européenne, Report on forest conditions in Europe 1999 : No improvement of the vitality of European Forests, 1999.
15. US Environmental Protection Agency, Effects of Acid Rain - Surface Waters and Aquatic Animals.
16. Ministère du développement durable du Québec, Lacs acides au Québec, 2004.
17. European Environment Agency, European Community emission inventory, report 1990–2007 under the UNECE Convention on Long-range Transboundary Air Pollution (LRTAP), août 2009, p. 37, tableau 2.9.
18. Étude pilote sur les déchets agricoles, IFEN –SCEES, mars 2005, p.53 : « En France, près de 300 millions de tonnes de déjections animale, soit 47.720.000 tonnes de matières sèches, sont produites chaque année, dont 50% sont émis au champ (non collectable). Sur les déjections collectables, 70% sont des fumiers ».
19. Gérard Borvon, S-EAU-S, l’eau en danger, Éditions Golias, octobre 2000.