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L'impact de la viande sur les humains, les animaux et l'environnement

Les tactiques de l’industrie de la viande pour freiner les avancées pour les animaux et pour l’environnement

Malgré des années de crises sanitaires1 et économiques successives, l’industrie de la viande française a encore un chiffre d'affaires (CA) de 33 milliards d’euros, soit un quart du CA de toute l’industrie agroalimentaire en France.


Pour maintenir ses parts de marché, le secteur déploie d’intenses efforts pour minimiser voire nier ses responsabilités, que ce soit sur des aspects environnementaux ou sociétaux.

Un double langage devant les consommateurs

La novlangue utilisée pour édulcorer la réalité des pratiques d’élevage est bien rodée. Par exemple, les mutilations des cochons comme la coupe des queues, la castration à vif et le meulage des dents deviennent dans le vocable des filières des… « soins aux porcelets ».

De la même façon, les filières parlent de « bien-être animal ». Dans la définition donnée par l’organisation mondiale de la santé animale (World Organisation for Animal Health, WOAH en anglais), il repose sur 5 « libertés » :

  1. ne pas être affamé ou assoiffé,
  2. ne pas souffrir d’inconfort,
  3. ne pas souffrir de douleurs, de blessures ou de maladies,
  4. pouvoir exprimer les comportements naturels propres à l’espèce,
  5. ne pas éprouver de peur ou de détresse.

Si ces libertés étaient respectées, il n’existerait que des élevages à très faible densité et surtout tournés vers le plein air. La réalité est bien différente. Dans les faits, la grande majorité des élevages se contentent de respecter la première de ces libertés (ne pas être affamé ou assoiffé), et on peut se demander quel comportement naturel propre à l’espèce peut bien s’exprimer en cage ou sur du béton, sans même parler de l’inconfort engendré.

Les filières cultivent très bien cette ambiguïté, et ne se privent pas de parler de « bien-être animal » dès qu'elles le peuvent, allant jusqu'à s'en revendiquer les garantes. Et on comprend bien pourquoi : pour les consommateurs, le bien-être animal est une attente et même plus encore : 89 % des Français jugent la cause animale importante, selon un sondage IFOP de 2019.

Avant de s'approprier cette notion et de parler avec insistance d’élevages « respectueux du bien-être animal », les filières l'ont d’abord accueillie avec un certain mépris, comme le montrent des documents de 2010 :

« [Les filières agricoles] ne présentent jamais d’animaux en cages mais au contraire “des vues pastorales, des vaches batifolant dans les prés ou encore des poules en liberté”.
Les consommateurs aspirent en effet à consommer les produits d’animaux ayant vécu “heureux”, selon l’idée anthropocentriste qu’ils se font du bien-être animal, dans des élevages soucieux de préserver la qualité de leur environnement. »

Joanna Litt, 2010, ITAVI (Institut technique des filières avicole, cunicole et piscicole)

Les poules pondeuses étaient alors à plus de 80 % en cages. Depuis, le bien-être animal est omniprésent dans les communications des filières, mais elles ont une définition particulière de ce dernier, comme le montre cet extrait d’un rapport du CESE (Conseil économique, social et environnemental) :

« Certaines interprofessions du secteur animal ont intégré des objectifs relatifs au bien-être dans les plans de filière demandés par le ministère de l’Agriculture suite aux EGA [États généraux de l'alimentation, 2015]. Pour certaines d’entre elles, cette dimension apparaît comme un moyen de différenciation de la production.

Globalement, on peut donc s’interroger : le bien-être animal est-il un objectif
sociétal ou un argument de vente, d’accès au marché et de meilleure valorisation ? »

Rapport du CESE, groupe de travail BEA (Bien-être animal)2

Poser cette question, c’est y répondre : le bien-être animal est considéré par les filières uniquement comme un moyen de vendre des produits plus chers en assurant aux consommateurs qu’il est respecté, alors qu’elles ne concèdent que des changements au rabais pour les animaux.

La publicité omniprésente

Pour inciter à acheter toujours plus de produits animaux, les filières dépensent des sommes considérables en publicités. Environ 90 % du budget d'Interbev (Association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes) (32 millions d'euros par an) est consacré à la communication.

En plus des nombreuses subventions accordées à l’élevage4, 252 millions d’euros de fonds publics européens ont également été dépensés pour offrir des campagnes de publicité aux plus gros acteurs des filières viande et lait entre 2016 et 20205.

En janvier 2022, Greenpeace a décortiqué les budgets des représentants des filières viande. Une part importante est consacrée à la publicité.

Nom Budget (année) Dont communications
Interbev (bovins, ovins) 30 499 215 € (2022) 28 372 646 €
(93 % du total)
Inaporc (cochons) 7 694 217 € (cotisations 2015)
+ 1 174 366 € (produits divers, 2015)
6 845 566 €

Anvol + les 4 interprofessions du canard,de la pintade, du poulet de chair et de la dinde + Synalaf
4 679 336 € (dont 31 % de subventions) 2 791 279 € (60 % du budget total)
FICT (cochons) 3 811 282 € (2020) 823 508 €

Une science à la carte

Il n'y a aucun doute au niveau scientifique depuis de nombreuses années : l’alimentation représente une part importante de l’empreinte carbone individuelle6 et changer sa façon de consommer est un levier significatif. Par exemple, adopter un régime végétarien est de loin le geste individuel le plus efficace pour lutter contre le réchauffement climatique7.

Mais les filières nient cette réalité. Les producteurs de viande vont même jusqu’à prétendre être une solution au changement climatique en exagérant le potentiel des innovations pour diminuer les émissions de GES liées à l’élevage8.

Pressions, attaques et lobbying pour minimiser le rôle de l’élevage sur le changement climatique

Il est difficile de faire évoluer les pratiques et mentalités en matière d’élevage ; les rapports scientifiques et leurs recommandations sont attaqués avant même que le moindre débat puisse avoir lieu. En 2010, le principal auteur du rapport Livestock’s Long Shadow de l'Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) révélait que certaines entreprises et des responsables politiques issus de pays ayant de forts intérêts dans l’élevage avaient fait pression pour minorer leurs estimations et ajoutait « vous ne croiriez pas combien nous avons été attaqués10 ».

Le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), qui fait l’état des lieux des connaissances scientifiques sur le réchauffement climatique, a relevé à plusieurs reprises qu’une alimentation plus végétale permettrait de tenir les objectifs climatiques. Lors de la rédaction de son sixième rapport en 2021, il a subi des pressions du Brésil et de l’Argentine, gros producteurs de viande, parce qu'il indiquait que les régimes à base de plantes peuvent réduire les émissions de gaz à effet de serre jusqu'à 50 % par rapport au régime occidental moyen très carné11.

De nombreuses publications indépendantes concluent à la nécessité de prendre des mesures pour réduire significativement la consommation de viande afin de lutter contre le réchauffement climatique12. Pourtant, l’industrie de la viande le conteste toujours.

Dans un autre registre -la santé publique-, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a été chargée en novembre 2020 de mener une étude sur les risques des nitrites sur la santé. Les nitrites sont des conservateurs qui donnent notamment sa couleur rose au jambon, la viande la plus consommée par les français. L’Anses a mis en place un groupe d’experts dédié (internes et externes) pour répondre à la saisine des ministères chargés de la santé, de l’agriculture et de la consommation.

L’étude prend du retard suite à la démission d’un des experts extérieurs. Ce dernier a dénoncé l’absence d’analyse des études scientifiques existant sur le sujet et a accusé l’agence d’orienter le travail des d’experts extérieurs : « Les experts ont subi des pressions pendant et après les auditions de la part de la coordination ». Certains « ont été coupés lors de leurs interventions par les agents de l'Anses, et ont reçu des ­e-mails au cours même des auditions leur demandant de modérer ou modifier leurs questions »13.

En juillet 2022, les autorités sanitaires françaises confirment finalement « l’existence d’une association entre le risque de cancer colorectal et l’exposition aux nitrates et nitrites », notamment via la viande transformée (charcuterie).

Sous-estimer des émissions de gaz à effet de serre

Le rapport Livestock's Long Shadow (2006) a été le premier à mettre en évidence que l’élevage dans son ensemble produisait une quantité importante de gaz à effet de serre (GES) : environ 18 % des émissions d'origine humaine. Suite à un partenariat de la FAO avec des industriels14, cette estimation va chuter à 14,5 %15 (2013) avant d’être rehaussée à 16,5 % (2019)16,17.

Les plus gros producteurs de viande mondiaux (JBS, Tyson, Danish Crown, etc.) ont été épinglés à plusieurs reprises pour leurs déclarations d’émissions de GES galvaudées. Ces sous-estimations sont parfaitement assumées : JBS dit n’avoir « pas de responsabilités ou des responsabilités indirectes »18 sur les émissions liées aux énergies fossiles (une catégorie de l’empreinte carbone dite Scope 2) et les émissions liées aux élevages qui le fournissent (catégorie dite Scope 3), alors qu’il s’agit d’émissions inhérentes à la production de viande .

Ces deux catégories d’émissions représentent pourtant des quantités gargantuesques de dioxyde de carbone (CO2), de protoxyde d’azote (N2O) et surtout de méthane (CH4), gaz particulièrement dangereux pour le climat, bien plus élevées que ce que JBS déclare19.

Dénigrer les changements de comportement alimentaire

En voulant proposer « des éléments de réflexion sur un sujet de préoccupation croissant dans nos sociétés occidentales20 », l’INRAe (Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement) a volé au secours de la consommation de viande. Les pages « Quels sont les bénéfices et les limites d’une diminution de la consommation de viande ?21 » et « Quelques idées fausses sur la viande et l’élevage22 » servent surtout à décourager le moindre changement dans l’assiette.

Exemple parmi d’autres, le site explique, graphique à l’appui, qu’il faudrait « plus de terres cultivées pour nourrir l’humanité23 » si l'on mangeait moins de viande, en mettant en avant une alimentation comportant 25-30 % de protéines d’origine animale. Le dossier oublie tout simplement de mentionner qu’environ 70 % des protéines consommées en France sont d’origine animale ! S’ils l’avaient fait, il aurait été facile de se rendre compte qu’un régime végétalien nécessite largement moins de terres que le régime français standard actuel, qui nécessite de la déforestation importée24, notamment pour du soja sud-américain qui servira à nourrir les poulets, les cochons, ainsi que les vaches laitières dans une moindre mesure.

L’Ademe a publié depuis une étude corrigeant cette désinformation25. Le syndicat SUD-Recherche26 ne s’est pas non plus laissé berner et a publié une tribune pour demander le retrait de ce dossier en dénonçant des généralités et omissions bien arrangeantes27.

Le foie gras : un cas d’école de science détournée

L’INRA -devenu INRAe en 2020 en fusionnant avec l'IRSTEA (Institut national de recherche en sciences et technologies pour l'environnement et l'agriculture)- n’en est pas à son coup d’essai. Alors que de nombreux pays ont interdit la production de foie gras et qu’un rapport d’experts européens conclut dès 1998 que le gavage est préjudiciable aux oiseaux28, les recherches menées à l’INRA, sous financement de l’industrie du foie gras, aboutissent à une conclusion spectaculaire : « aucun élément scientifique ne permet de dire que [le gavage] est source de mal-être animal29 ».

Dans les colonnes du Monde, Robert Dantzer, lui-même retraité de l’INRA, qualifie les travaux de ses confrères de « pseudo-science et de recherches d’opportunité, conduites par des chercheurs élevés dans le moule de la production animale30 ».

Au niveau international, le gavage étant majoritairement interdit, les scientifiques français sont particulièrement isolés, de leur propre aveu :

« Par ailleurs, il est clair que malgré des efforts pour l’évoquer, le gavage est une pratique qui échappe totalement à nos collègues néerlandais aussi bien qu’aux autres participants non Français. Les seules références qui semblent connues de ces participants sont celles du Comité Scientifique pour la Santé et le Bien Être Animal qui a produit un rapport en 1998 et dont les conclusions indiquent que la pratique du gavage nuit au bien être animal. »

Compte rendu de la rencontre entre spécialistes palmipèdes de plusieurs pays (Pays-Bas, Royaume-Uni, Allemagne et France)31

Un immobilisme politique pas étonnant

L’empire agricole bâti par la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, premier syndicat agricole en France) a une grande influence au niveau politique. Dans un extrait du numéro de janvier 2017 de Pièces à conviction, Dominique Bussereau, ancien ministre de l'Agriculture sous la présidence de Jacques Chirac de 2004 à 2007, le confirme : la FNSEA a joué un rôle clé dans sa nomination.

Pas moyen d'arriver à ce poste sans la bénédiction de la Fédération. Dominique Bussereau raconte : « Quand j'ai été nommé, je connaissais Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA à l'époque, parce qu'il était venu me voir quand j'étais ministre du Budget. J'avais un peu l'impression d'une visite d'embauche. »

Cette emprise s’est fait ressentir en de nombreuses occasions au fil des années.

L’influence des filières sur les politiques

En 2018, le projet de loi issu des États généraux de l’alimentation portait des mesures ambitieuses : interdiction de l’élevage en cage des poules pondeuses, de la castration à vif des porcelets, du broyage des poussins ; instauration du contrôle vidéo obligatoire dans les abattoirs ; végétalisation de l’alimentation… Aucune de ces propositions n’a été retenue à l’époque. Les députés ont ainsi donné raison aux lobbies de l’élevage intensif, mettant en lumière leur influence dans les orientations du projet de loi.

Sur Twitter, Stéphane Travert, alors ministre de l’Agriculture, a d'ailleurs reconnu qu’il ne prenait pas de décision sans consultation de la filière avicole33. Une interdiction sans aucune contrainte, vu qu’il n’y avait déjà plus d’installation de nouveaux bâtiments depuis de nombreuses années.

tweet de stéphane travert suite au vote

Déjà en 2016, lors de la préparation de sa proposition de loi relative à la vidéosurveillance dans les abattoirs français. Le député Olivier Falorni s’était heurté à la mobilisation de la profession contre sa proposition. « J'ai le souvenir d'un mail de l'interprofession de l'industrie de la viande, qui avait listé les députés membres de la commission d'enquête lorsque j'en étais président, pour déterminer les pro-viande et les anti-viande, se souvient le député aujourd’hui non-inscrit. L'industrie de la viande avait listé ceux qui auraient pu saboter l'idée du contrôle vidéo, avant même qu'une proposition de loi puisse être proposée. Cela montre bien qu'il y avait une volonté, dès le départ, d'empêcher ce dispositif d'exister34. »

Agra Presse a réalisé en mai 2022 une enquête sur le lobbying dans le secteur agricole, sur la base des chiffres de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP). La FNSEA et l’ensemble de ses fédérations départementales demeurent la principale force avec au moins 600 000 euros (national) et 820 000 euros (régional et département) cumulés de budget dédié au lobbying en moyenne depuis 2017, pour environ 70 et 406 actions annuelles respectivement35,36.

Des engagements européens bafoués

En 1999, la France s’est engagée auprès du Conseil de l’Europe à interdire l’utilisation des cages individuelles (épinettes) lors du gavage pour la production de foie gras. Cette interdiction devait prendre effet au 1er janvier 2005 pour les nouvelles installations et au 1er janvier 2011 pour toutes les exploitations. Dominique Bussereau, alors ministre de l'Agriculture, a autorisé, secrètement et en violation des obligations européennes, la poursuite de l’utilisation de ces cages37.

L’interdiction d’utiliser des épinettes ne s’appliquera finalement qu’en 2016 en France38. La litière, obligatoire dans les textes européens, est oubliée dans la transposition française, permettant ainsi aux gaveurs français de continuer à laisser les animaux sur des sols grillagés.

« Des éléments de langage en béton » : mensonges et contre-vérités des services vétérinaires

À plusieurs reprises, les services vétérinaires ont été particulièrement complaisants dans leurs contrôles suite à des révélations de non-conformités39,40,41.

Février 2020, L214 dévoile une enquête menée dans l'un des plus gros abattoirs de veaux de France, produisant pour la société Sobeval (groupe Van Drie)42. Alors que le ministre de l’Agriculture et les services vétérinaires assurent dans les médias que « tout est en règle » ou que « le bien-être animal est respecté », des échanges de mails internes montrent le contraire, en parlant de non-conformités (NC) indéniables voire majeures et en réclamant des « edl [éléments de langage] béton ». À noter également, ces mails laissent entendre que ces éléments de langage ont été partagés à des lobbies de la viande (Interbev et FedeV - les métiers de la viande).

indeniable-majeures-encadre

Surveillance et répression pour ceux qui remettent en cause ce modèle

« Demeter ». C'est le nom donné à une cellule de la gendarmerie nationale dont l'objectif est de renforcer la surveillance et la répression de celles et ceux qui critiquent ou remettent en question le modèle agricole intensif. Elle est issue d’une convention signée en décembre 2019 entre le ministère de l’Intérieur, la gendarmerie nationale et les deux syndicats agricoles majoritaires (FNSEA et Jeunes Agriculteurs), ouvertement hostiles aux associations de défense des animaux et de l'environnement43.

Demeter a notamment pour mission de réprimer « des actions de nature idéologique, qu’il s’agisse de simples actions symboliques de dénigrement du milieu agricole ou d’actions dures ayant des répercussions matérielles ou physiques ». Dans les faits, cela s’est traduit par des associations sous pression44, des journalistes menacés45, des lycées agricoles sous influence44

Le 1er février 2022, le tribunal administratif de Paris a enjoint le ministère de l'Intérieur de mettre fin aux activités de la cellule Demeter qui se rattachent à l'objectif de prévention et de suivi des « actions de nature idéologique »46. Peu de temps après, le ministère de l’Agriculture a fait appel, en vantant l'utilité de la cellule contre les vols de tracteurs. Pourtant, lors de la mise en place de la cellule, le ministre avait bien « demandé que l’anti-spécisme soit un des axes prioritaires du renseignement », comme le montrent les journaux de l’époque47.

Et bien d’autres exemples

L’influence des filières viande se fait ressentir autant au niveau national qu’au niveau international. Le blog DeSmog a enquêté en 2021 sur le climate-washing de l’industrie de la viande dans le monde, orchestré par des associations comme l’Office international de la viande (OIV ou International Meat Secretariat, IMS, en anglais), en décryptant les éléments de langage de différents acteurs50.

Au Royaume-Uni, des médecins de santé publique ont publié en 2022 une étude sur les stratégies de l'industrie de la viande pour minimiser l'impact sur la santé et l’environnement de la viande rouge ou transformée dans le débat public. Le but étant de les comprendre afin de protéger les consommateurs de ces manipulations51.

La même année, Greenpeace France a publié les résultats d’une étude décortiquant les mécanismes d’influence déployés par quatre organisations structurantes des filières viande. Résultat de cette enquête menée pendant un an : de l’influence sur les lois à celle sur les enseignements scolaires, en passant par les professionnels de santé et les réseaux sociaux, les lobbies agissent à couvert ou à découvert dans toutes les sphères de la vie publique et privée pour lutter contre la baisse pourtant indispensable de la consommation de viande et masquer les impacts catastrophiques de la production de viande industrielle52.

De son côté, l’IPES-Food (International Panel of Experts on Sustainable Food Systems) a rendu public un rapport qui décrypte les discours de différents acteurs sur la viande, le poisson, les protéines alternatives et la durabilité. On y apprend qu’en 2014, les 10 premières entreprises mondiales de transformation de la viande contrôlaient 75 % des abattages de bœuf, 70 % de porc et 53 % de poulet. En 2018, sept firmes dominaient la génétique avicole, porcine, bovine et de l'aquaculture, pour un chiffre d'affaires de plus de 80 milliards de dollars. Dans ce rapport, l’IPES recommande entre autres de remettre les intérêts publics au centre des débats, en récupérant les ressources publiques (subventions) allouées à ces géants53.

Est-ce que ces tactiques fonctionnent ?

Jusqu’à présent, ces différentes tactiques semblent bel et bien avoir été couronnées de succès : les produits animaux sont encore très présents dans nos assiettes et largement subventionnés par l'argent public. La consommation de viande n’a diminué que de moins de 10 % entre 2000 et 202054. C’est encore loin d’être suffisant face aux enjeux climatiques, et encore moins pour les animaux : en raison du report de la consommation de bœuf sur le poulet, le nombre d’animaux tués continue à augmenter.

Malgré la relative stagnation de la consommation, les animaux sont toujours plus nombreux à être abattus pour la consommation de viande : la consommation de poulet ayant doublé en 20 ans, elle concerne bien plus d’animaux qu’avant.

Bibliographie

  1. L’encéphalopathie spongiforme bovine en 2000, la fièvre aphteuse du mouton en 2001, les épisodes répétés de grippe aviaire en 2005, 2016, 2020-2021, le scandale de la viande de cheval en 2013.
  2. CESE, Les enjeux relatifs aux conditions d'élevage, de transport et d'abattage en matière de bien-être animal
  3. Finger Sarah, 2018. « Redonner de la chair à la viande, l'objectif affiché de la filière steak », Libération, 4 juin 2018.
  4. Subventions – Les aides à la production de viande et à la pêche
  5. Greenpeace, Report: EU spent €252 million advertising meat and dairy, 8 avril 2021.
  6. Poore, J., Nemecek, T., 2018. « Reducing food’s environmental impacts through producers and consumers ». Science, 360(6392), p. 987-992.
  7. Carbone 4, 2019. Faire sa part ? Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l’état face à l’urgence climatique, 21 p.
  8. DR, Danish Crowns reklamer for klimasvin får grønne tæsk: 'Det ligner vildledning!', 23 septembre 2020
  9. Sur l’empreinte carbone de l’élevage dans son ensemble.
  10. Jowit, J., Corporate lobbying is blocking food reforms, senior UN official warns, The Guardian, septembre 2010
  11. Rowlatt J. & Gerken T., « COP26 : une fuite de documents révèle que des pays font pression pour modifier un rapport clé sur le climat », BBC News, 21 octobre 2021.
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  13. Barret A.-L., 2021. « Le rapport de l'Anses sur les nitrites dans le jambon s'est enlisé », Le Journal du dimanche, 4 décembre 2021.
  14. FAO, Les participants | Partenariat pour l'évaluation et la performance environnementale de l'élevage (LEAP)
  15. FAO, Tackling Climate Change through Livestock: A global assessment of emissions and mitigation opportunities
  16. FAO, GLEAM 2.0 - Évaluation des émissions de gaz à effet de serre et le potentiel d'atténuation
  17. Twine, R., Emissions from Animal Agriculture—16.5% Is the New Minimum Figure, Sustainability 2021, 13(11), 6276
  18. JBS, CLIMATE CHANGES - JBS - Alimentamos o mundo com o que há de melhor
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  20. « Viande et élevage, un éclairage par la recherche », inrae.fr, 24 février 2017.
  21. « Quels sont les bénéfices et les limites d'une diminution de la consommation de viande ? », inrae.fr, 19 décembre 2019.
  22. « Quelques idées fausses sur la viande et l’élevage », inrae.fr, 19 décembre 2019.
  23. « Élevage et occupation des terres », inrae.fr, 19 décembre 2019.
  24. La déforestation importée couvre l’importation de matières premières ou de produits transformés dont la production a contribué, directement ou indirectement, à la déforestation, à la dégradation des forêts ou à la conversion d’écosystèmes naturels dans les pays producteurs.
  25. ADEME, Empreintes sol, énergie et carbone de l'alimentation, 2020
  26. Sud-Recherche est un syndicat qui représente les personnes travaillant dans des EST (Établissements publics à caractère scientifique et technologique)
  27. SUD-Recherche, Quand ajouter un « e » à INRA ne suffit pas, 25 février 2020
  28. Report of the Scientific Committee on Animal Health and Animal Welfare, Décembre 1998
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  30. Le Monde, L'INRA accusé de connivence avec la filière du foie gras, décembre 2006
  31. Guy G. et al., 2006. « Pratiques d'élevage et bien-être des canards en Europe », 7es journées de la recherche sur les palmipèdes à foie gras : Arcachon, 18 et 19 octobre 2006, p. 214-218
  32. « Comment la FNSEA nomme les ministres de l'Agriculture », francetvinfo.fr, 19 janvier 2017.
  33. L214, « Loi Alimentation : l’Assemblée nationale sous influence des lobbies de l’élevage intensif », communiqué de presse, 28 mai 2018.
  34. Cherel L., « Bien-être animal : comment les lobbies et le ministre de l'Agriculture ont eu raison de Nicolas Hulot », Secrets d’info, 1er septembre 2018.
  35. Logvenoff I., « Lobbying et agriculture : qui sont les acteurs les plus influents », Agra Presse, 19 mai 2022.
  36. Marchand N., « Le lobbying agricole reste fort, selon une enquête d'Agra Presse », Réussir, 20 mai 2022.
  37. Stop Gavage, Cages individuelles : révélation de la décision secrète du ministre
  38. Stop Foie Gras, La longue fin des cages de gavage individuelles (épinettes)
  39. L214, « Élevage de visons : un dépotoir jugé conforme par les services vétérinaires de Vendée », communiqué de presse, 9 mai 2018.
  40. L214, « Abattoir Sobeval : des mails internes au ministère confirment que les vidéos de L214 montrent des non-conformités », 25 février 2020.
  41. L214, « Herta : complaisance décomplexée des services de l’État », communiqué de presse, 24 décembre 2020.
  42. Enquête L214, L'enfer des veaux à l'abattoir Sobebal, février 2020
  43. L214, « Cellule “Demeter” : le gouvernement veut intimider les associations de défense des animaux », communiqué de presse, 20 décembre 2019
  44. « ENQUÊTE. Deux ans après sa création pour protéger les agriculteurs, la cellule Demeter de la gendarmerie fait toujours polémique », francetvinfo.fr 17 novembre 2021
  45. Ligue des droits de l'Homme, Graves menaces contre les journalistes et la liberté d'informer en Bretagne, 19 avril 2021
  46. Tribunal administratif de Paris, « Cellule Déméter : le tribunal juge illégales les missions de prévention et de suivi des actions idéologiques contre le secteur agricole », communiqué de presse, 1er février 2022.
  47. « Castaner présente une cellule contre les intrusions dans les élevages », Le Point, 13 décembre 2019.
  48.  
  49.  
  50. Christen C., « Investigation: How the Meat Industry is Climate-Washing its Polluting Business Model », DeSmog, 18 juillet 2021.
  51. Clare K. et al., « Meat, Money and Messaging: How the Environmental and Health Harms of Red and Processed Meat Consumption are Framed by the Meat Industry », Food Policy, vol. 109, mai 2022.
  52. Greenpeace France, « [Rapport] Lobbies de la viande : une influence omniprésente et insidieuse », 25 janvier 2022.
  53. IPES, The Politics of Protein, 2022
  54. La consommation individuelle de viande en France dépasse les 80 kgec/an/habitant depuis 1975, selon FranceAgriMer, La consommation des produits carnés en 2020, p. 12
Le Parisien27 avril 2022https://www.leparisien.fr/societe/grippe-aviaire-une-nouvelle-video-de-lassociation-l214-denonce-lenfouissement-massif-doiseaux-en-vendee-27-04-2022-6LY637HCF5B6PCIDUGYVKAMJLU.phpGrippe aviaire : une nouvelle vidéo de l’association L214 dénonce l’enfouissement massif d’oiseaux en Vendée
Sud-Ouest27 avril 2022https://www.sudouest.fr/societe/animaux/video-grippe-aviaire-l214-denonce-l-enfouissement-de-milliers-de-cadavres-de-volailles-en-vendee-10740793.phpGrippe aviaire : L214 dénonce l’enfouissement de milliers de cadavres de volailles en Vendée
Radio-Canada09 avril 2022https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1875172/analyse-giec-solutions-gouvernement-guilbeault-mesures?GIEC : les solutions sont là, qu’est-ce qu’on attend?
France 3 Pays de la Loire05 avril 2022https://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/vendee/grippe-aviaire-l214-diffuse-des-images-de-gazage-de-poulets-dans-un-elevage-intensif-de-vendee-2518248.htmlGrippe aviaire : L214 diffuse des images de gazage de poulets dans un élevage intensif de Vendée
PositivR05 avril 2022https://positivr.fr/se-passer-de-viande-est-lun-des-leviers-les-plus-efficaces-face-a-la-crise-climatique-rappelle-le-giec/Se passer de viande est l’un des leviers les plus efficaces face à la crise climatique, rappelle le Giec

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