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L'impact de la viande sur les humains, les animaux et l'environnement

L’élevage accentue l’effet de serre et la déforestation

  • L'élevage est responsable de 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre et de 65 % de la déforestation en Amazonie.
  • L’activité humaine a fait évoluer les prairies ainsi que l'Amazonie, qui sont devenues des sources de gaz à effet de serre alors qu'elles étaient des puits de carbone.
  • Les différents rapports du GIEC sont clairs : une diminution importante de la consommation de viande est un levier efficace dans la lutte contre le dérèglement climatique.
  • Les émissions du système alimentaire mondial pourraient rendre impossible le maintien de la température moyenne mondiale à +1,5 °C, même si l'on cessait immédiatement les émissions liées aux énergies fossiles.
  • Les trois plus gros producteurs mondiaux de viande réunis ont à eux seuls une empreinte carbone supérieure à celle de la France.
  • Un végétalien émet 2,5 fois moins de GES par son alimentation qu'un omnivore occidental.
  • Un changement de régime alimentaire peut permettre des bénéfices écologiques à une échelle qu’il ne serait pas possible d’atteindre uniquement par changement de pratiques de production agricole.
  • La plupart des causes structurelles de la pandémie de Covid-19 sont aussi à l’origine du changement climatique.
icône viande.info représentant la faim dans le monde

Les émissions de gaz à effet de serre de l'élevage représentent plus que la consommation de carburant des transports

En 2006, un rapport de la FAO, Livestock's Long Shadow, a révélé que l’élevage dans son ensemble produisait une quantité importante de gaz à effet de serre (GES), environ 18 % des émissions d'origine humaine. Dans un rapport postérieur, Tackling Climate Change Through Livestock (FAO, 2013), des calculs fondés sur des données plus précises établissent à 14,5 % la contribution de l'élevage dans les émissions de gaz à effet de serre d'origine anthropique, dont 8,8 % pour les seuls bovins. C'est légèrement plus que les émissions directes (consommation de carburant) du secteur des transports (IPCC, 2014).

Un rapport de l’IATP (Institut des politiques agricoles et commerciales) et de l’association GRAIN (une association internationale de soutien aux agriculteurs) a révélé que la plupart des 35 entreprises produisant le plus de viande et de lait au monde ne rendent aucun compte de leurs émissions de gaz à effet de serre (GRAIN, 2018). À l’aide de données publiques, les auteurs de ce rapport ont pu estimer que les trois plus gros producteurs mondiaux de ce secteur réunis (JBS-Friboi, Tyson Foods et Cargill) émettent à eux seuls plus de gaz à effet de serre que la France.

Le secteur de l’élevage a émis un total estimé entre 7,1 et 8,1 milliards de tonnes équivalent CO2 en 2010 (FAO, 2013 et 2018). Cela représente de 14,5 % à 16,5 % des 49 milliards de tonnes équivalent CO2 émises par l’ensemble des activités humaines cette année-là (IPCC, 2014). L’Accord de Paris, le premier accord universel sur le climat, prévoit que ces émissions globales doivent être réduites de 38 milliards de tonnes équivalent CO2 d’ici 2050 pour limiter la hausse de la température à 1,5 °C.

Cependant, le secteur de la viande et des produits laitiers poursuit aujourd’hui ses objectifs de croissance et de rentabilité : produire toujours plus pour répondre à une demande mondiale croissante. Si cette tendance se poursuit, en 2050, l’élevage représentera à lui seul plus de 80 % des émissions globales maximales pour ne pas dépasser 1,5 °C.

En d’autres termes, cela signifie que l’ensemble des autres activités humaines (transport, logement, industrie…) devrait émettre quatre fois moins de gaz à effet de serre que l’élevage seul. Il est donc primordial d’agir sur ce secteur en modifiant notre modèle agricole et alimentaire. Ces résultats ont été confirmés par d'autres études, montrant que les émissions du système alimentaire mondial pourraient rendre impossible le maintien de la température moyenne mondiale à +1,5 °C même si l'on cessait immédiatement les émissions liées aux énergies fossiles (Clark, 2020).

Les émissions de GES dans le monde

Livestock's Long Shadow

Chiffres clés

Le secteur de l'élevage a produit de 7,1 à 8,1 milliards de tonnes équivalent CO2, soit environ 1/7 de l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre de l’humanité lors de l’année 2010.

Ces émissions de GES se répartissent comme suit. 45 % sont attribuables à la production et au transport des aliments (dont 9 % imputables à la déforestation liée à l'extension des cultures et des pâturages). 39 % proviennent de la fermentation gastrique des ruminants. 10 % résultent du stockage et de l'utilisation du lisier. 6 % sont causés par le transport, l'abattage des animaux et le stockage des produits animaux.

Les émissions sont dues majoritairement à l'élevage des ruminants. Produire 1 kg de protéines sous forme de viande de bœuf émet en moyenne 290 kg éq. C02, contre moins de 50 sous forme de viande de porc, de poulet ou d'œufs.

L’alimentation représente en moyenne 75 % de l’impact environnemental lié à la production d’un kilo vif de poulet, loin devant le bâtiment d’élevage, les effluents et le transport des animaux (Puybasset, 2019).

Émissions de gaz à effet de serre en fonction des espèces
Source : GIEC.
N.B. Les « bovins laitiers » sont exploités pour leur lait, mais aussi pour leur chair.

Les émissions de GES en France

Un rapport de 2011 prévoit que, entre 2005 et 2050, la demande de viande augmentera de 73 % et celle de lait de 58 % (FAO, 2011).

L’élevage, moteur de la déforestation

L’élevage extensif et le soja exporté comme aliment du bétail sont la première cause de la déforestation au Brésil (Margulis, 2004). Greenpeace affirme que l’élevage bovin est responsable à 65 % de la destruction de la forêt amazonienne (Greenpeace, 2016 et 2019). Plus de 60 % des 2,8 millions de tonnes de tourteaux de soja importées par la France pour nourrir les animaux d'élevage viennent d'Amérique du Sud (FAOSTAT, 2018 & OEC, 2018).

Avec une superficie de 5,5 millions de km², la forêt amazonienne est la plus grande zone de forêt primaire tropicale de la planète. Durant les quarante dernières années, près de 800 000 km2 de forêt amazonienne ont été détruits. Grâce aux efforts du gouvernement brésilien, le rythme de la déforestation s'est ralenti depuis le milieu des années 2000 et tourne aujourd'hui autour de 6 000 km² par an au Brésil, ce qui reste très élevé.

La déforestation a causé 12 % des émissions mondiales de GES entre 2000 et 2005 (Congressional Budget Office, 2012), chiffre qui a légèrement diminué depuis. Elle perturbe le cycle de l’eau (la végétation et l’humus stockent et diffusent l’humidité) et réduit la biodiversité par la destruction de l’habitat de millions d’espèces végétales et animales. En outre, le compactage des sols, piétinés par le bétail, empêche les infiltrations d’eau et provoque des ruissellements qui érodent les sols et privent d’eau les derniers végétaux, rendant les terres inutilisables.

Les pâturages et les puits de carbone en France et dans le monde

La question du stockage de carbone par les prairies destinées à l’élevage est complexe et ne peut pas être tranchée en un simple paragraphe. Ce stockage dépend de nombreux facteurs : conditions climatiques, composition des sols, ancienneté des prairies, intensité du pâturage… Selon les cas, les prairies peuvent stocker moins, autant, ou plus de carbone que les forêts. Ce stockage de carbone peut compenser en partie les émissions de l’élevage dues à la fermentation entérique et aux déjections des animaux. Par ailleurs, l’utilisation des prairies ne concerne que l’élevage des ruminants, souvent nourris avec des céréales et tourteaux en complément de l’herbe.

L’élevage peut avoir un impact environnemental moindre grâce aux prairies, mais il ne faut pas oublier que son rendement par hectare est très faible : on élève en moyenne 1,5 grand bovin de 600 kg par hectare… (Agreste, 2006) Sachant que la viande consommable représente environ 37 % du poids d’une vache, on aurait une productivité de 333 kg par hectare (Interbev, la-viande.fr). À titre de comparaison, un hectare de culture en France produit 3 tonnes de soja (FAOstat, 2017), qui contient 50 % de protéines de plus que la viande de bœuf (Anses Table Ciqual, 2016). Si l’utilisation des terres non arables en pâturage peut s’avérer avantageuse, il apparaît clairement que ce n’est pas une solution pour nourrir une population croissante.

Au cours des dix dernières années, les prairies dédiées à l’élevage ont été transformées partout dans le monde en source nette de gaz à effet de serre à cause des changements d'utilisation des terres mais aussi des chargements plus élevés, des animaux plus gros, et de nouvelles pratiques de fertilisation (Chang et al, 2020). À l’échelle régionale, les prairies de la Bretagne, du Massif central, ou même du nord-est du pays sont considérées comme émettrices nettes de CO2 sur la période 1981 à 2002. La tendance générale serait cependant à la baisse.

À l'étranger, la situation n'est pas plus réjouissante. En raison du changement climatique et de la déforestation (dont 65 % sont imputables à l'élevage bovin), une grande partie du bassin de l'Amazonie émet désormais du CO2 au lieu d'en absorber. Localement, le réchauffement depuis l'ère pré-industrielle est de +3 °C (Denning, 2021 et Gatti, 2021).

Le méthane est bien pire que le CO2

Le dioxyde de carbone (CO2) n’est pas le seul gaz à effet de serre émis par l’élevage. Ce dernier émet aussi du protoxyde d’azote (N2O), qui compte pour un quart de l’empreinte écologique, et plus particulièrement du méthane (CH4), qui compte pour près de la moitié de l’empreinte écologique de l’élevage (FAO, 2018). Ce dernier provient en majorité des rots des ruminants.

Après émission dans l’atmosphère, le méthane est principalement oxydé en quelques années pour devenir du CO2. Cette réaction est complexe et fait intervenir le radical hydroxyle, de l’ozone et des oxydes d’azote.

Comme ces gaz n’ont pas le même temps de résidence dans l’atmosphère, ils sont comparés selon leur pouvoir réchauffant global (PRG) en prenant celui du CO2 pour unité (= 1). Le PRG du méthane à 20 ans est de 84, mais il chute à 28 si l’on considère une échéance à 100 ans (Bard, 2016). Cela signifie qu’une quantité de méthane réchauffe l’atmosphère 28 fois plus qu’une quantité équivalente de CO2 sur une durée de 100 ans.

En 2020, les émissions mondiales de méthane ont atteint les niveaux les plus élevés jamais enregistrés (Global Carbon Projet, 2020). Cette hausse est majoritairement due à l’augmentation des émissions anthropiques (imputables à l’homme). Parmi elles, la fermentation entérique des ruminants (bovins, ovins, etc.) et le fumier comptent à eux seuls pour un tiers du total, soit davantage que les émissions de méthane liées aux énergies fossiles.

Lutter contre le réchauffement climatique par l'alimentation

Le 5e rapport du GIEC (IPCC 2014, chapitre 11), reprenant les calculs de Stehfest et al. (2009), estime que la simple application des recommandations nutritionnelles de la Harvard Medical School, qui conseillent de limiter la consommation moyenne de viande de ruminants à 10 g par jour et la consommation des autres viandes, du poisson et des œufs à 80 g par jour, permettrait de réduire de 36 % les émissions de GES d’origine agricole, et de plus de 8,5 % les émissions totales. Cette mesure serait aussi efficace que de diviser par deux l’ensemble du trafic routier mondial.
Ne pas dépasser au XXIe siècle le taux atmosphérique de 450 ppm d’équivalent carbone demandera une réduction importante des émissions de GES, ce qui aura un coût, estimé à 2,5 % du PIB mondial en 2050. Par rapport au scénario basé sur les tendances actuelles, réduire la consommation de viande selon les recommandations de la Harvard Medical School réduirait ce coût de 50 %.

En 2021, le GIEC s'est fait plus pressant dans son 6e rapport. Il confirme que les activités humaines sont à l’origine du changement climatique et que l’influence humaine rend plus fréquents et plus graves de nombreux événements climatologiques extrêmes. Il faudra des mesures rapides, fortes et durables pour limiter la hausse des températures. Nous sommes dans une période cruciale, car l'ampleur des changements de demain dépendra des choix et des actions d'aujourd'hui.

Les émissions du système alimentaire mondial pourraient rendre impossible le maintien de la température moyenne mondiale à +1,5 °C même si l'on cessait immédiatement les émissions liées aux énergies fossiles (Clark et al., 2021). Il est donc évident que les habitudes alimentaires doivent évoluer. Une étude britannique (Scarborough et al., 2014) a évalué que les végétaliens émettaient 2,5 fois moins de GES pour leur alimentation que les omnivores (consommant 100 g de viande par jour ou plus).

Le poids des choix de consommation a été confirmé dans une étude publiée en mai 2018 dans la revue Science (Poore et al., 2018). En s’appuyant sur des données en provenance de 38 000 exploitations agricoles réparties dans 119 pays à travers le monde, l’étude a établi l’impact environnemental moyen de la production de 40 des principaux aliments consommés, selon 5 indicateurs, dont l’émission de GES et la surface annuelle occupée.

Un scénario remplaçant l’alimentation actuelle par une alimentation 100 % végétale permettrait de diminuer les émissions de GES liées à l’alimentation de 49 % et nécessiterait 76 % de surfaces en moins. Cela représente 3,3 milliards d’hectares, soit une surface équivalente à la somme des USA, de la Chine, de l’Australie et de l’Union européenne.

Les auteurs ont également étudié un second scénario, dans lequel on remplacerait la moitié des produits animaux par des équivalents végétaux. Ce scénario permettrait de réduire les émissions de GES de 36 % et nécessiterait 51 % de surfaces en moins.

Ces résultats confirment que pour répondre à l'urgence de baisser nos émissions de GES, la végétalisation de l'alimentation est une réponse efficace.

Les recommandations des experts de l'environnement sur la réduction de la consommation de viande

Quid du contexte de pandémie ?

Dans un rapport spécial publié en avril 2020, en pleine pandémie de Covid-19, le Haut Conseil pour le climat (HCC) a affirmé que « la plupart des causes structurelles de la pandémie Covid-19 sont aussi à l’origine du changement climatique. Les modèles de développement, l’urbanisation, les pratiques de mobilités et de consommation, l’évolution de l’alimentation sont par exemple responsables d’une partie importante des émissions de GES et font peser une pression insoutenable sur les milieux naturels. » Le rapport spécial du HCC souligne également que « la crise Covid-19 met en évidence des conséquences de choix politiques, qui ont conduit, depuis plus de 40 ans, à des transformations écologiques, sociales et économiques majeures ». Pour le HCC, « les "jours d’après" doivent aussi être ceux de l’après-carbone. » Une transition qui semble possible puisque « la crise sanitaire a montré sans fard qu’il est politiquement possible et socialement acceptable de dessiner un nouveau référentiel de l’action publique, pour faire face à des menaces globales majeures », souligne encore le HCC.

Bibliographie

Le Journal du CNRS13 mai 2020https://lejournal.cnrs.fr/articles/les-virus-sont-une-des-forces-majeures-qui-faconnent-la-biosphere« Les virus sont une des forces majeures qui façonnent la biosphère »
Le Vif11 mai 2020https://www.levif.be/actualite/sciences/l-elevage-intensif-favorise-la-transmission-de-virus-a-l-homme/article-normal-1287301.htmlL'élevage intensif favorise la transmission de virus à l'Homme
Libération08 mai 2020https://www.liberation.fr/france/2020/05/08/doit-on-continuer-a-manger-de-la-viande_1787314Doit-on continuer à manger de la viande ?
Futura Planète07 mai 2020https://www.futura-sciences.com/planete/actualites/biodiversite-deforestation-braconnage-elevage-intensif-reflexions-biodiversite-isabelle-autissier-80763/Déforestation, braconnage, élevage intensif, réflexions sur la biodiversité !
Capital06 mai 2020https://www.capital.fr/economie-politique/les-abattoirs-maltraitent-ils-les-animaux-1369370Les abattoirs maltraitent-ils les animaux ?

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